Michelangelo ANTONIONI (1912-2007) / Chronique d'un Amour (1950)

Publié le par La fée Paradis

 

Avec un retard impardonnable de deux semaines, voici enfin la chronique du dernier cours de ciné  qui s'est déroulé le 11 mai dernier ... Histoire de réviser avant la suite demain soir ! Comme d'hab ce cours a été délivré par Emmanuel Leclerc et je l'ai suivi avec les habitués : Globule, Dudule et AL.


 

Présentation du cours par le Méliès



Avec Federico Fellini, Michelangelo Antonioni fut le premier cinéaste italien post-néoréaliste. Au sujets sociaux de ses glorieux prédecesseurs (Visconti, Rossellini, De Sica), il substitua un cinéma de la solitude et de la fragilité des sentiments, dans un style d'une rigueur et d'une élégance admirables.


Il inventa, pour reprendre l'expression d'Alberto Moravia, un "nouveau sentiment de la réalité", qui traduisait sa conviction de la déshumanisation progressive du monde.


Ce sont deux films rares de ce grand cinéaste que nous vous proposons ici.

 

Mardi 11 mai 2010 : Des courts métrages documentaires à l'Eclipse (1962) / Chronique d'un Amour (1950)

Mardi 25 mai 2010 : Du Désert Rouge (1964) à Eros (2004) / Le Mystère d'Oberwald (1980)


 

Ce que j'ai retenu 


Antonioni est mort très âgé (85 ans), le même jour qu'Igmar Bergman, le 30 juillet 1997. Il s'agissait des deux plus grands cinéastes vivants et ils sont morts le même jour, la signification est troublante.

 

Cinéaste de l'intrspection, Antonioni était le Bergman latin.

 

Contexte

 

Il est né en 1912 à Ferrare, ville médiévale du nord de l'Italie,la ville la plus juive du pays. Il fait des études d'économie et s'installe à Rome en 1939. Il écrit alors dans la revue Cinema dirigée par le fils de Mussoloni (voir  Du cinéma fasciste italien au néo-réalisme / Ossessione (1942) ) où ont écrit les futurs grands du cinéma italien, et notamment les anti fascistes du néoréalisme (voir L'âge d'or et la fin du néo-réalisme / Voyage en Italie (1953) ).

 

Le néoréalisme italien dure 5 ans, jusqu'à la fin des années 1940. Les années 1950 sont très difficiles pour les intellectuels en Italie : période cléricale et climat délétère au niveau culturel. C'est la période du miracle économique puisque l'Italie devient la 5° ou 6° puissance industrielle du monde.

De 1943 au début des années 1960, il y a 5 très grands cinéastes en Italie :

- les néoréalistes : Visconti, Rosselini et De Sica

- deux autres cinéastes qui débutent leur carrière à l'extinction du mouvement néoréaliste, à l'année près : Fellini et Antonioni. Ils se distinguent des précédents en introduisant des notions de psychologie et de description individuelle / vision collective des néoréalistes.

En 1950, Antonioni sort Chronique d'un Amour (voir commentaire ci dessous).


 

Les principales caractéristiques du cinéma d'Antonioni


 

Jusqu'en 1950, Antonioni tatonne dans une mise en scène sinueuse et dépourvue d'effets spéciaux. Son cinéma se caractérise par une élégance visuelle dont il ne se départira jamais, notamment par rapport au monde féminin. Pour lui, comme pour Bergman, les femmes sont sujets de leur vie.

 

En 1942, il était assistant metteur en scène sur le plateau des Visiteurs du Soir de Marcel Carné (voir  Le cinéma français de 1935 à 1945 (2) : le cinéma français sous l'Occupation (1940-1944) / Les Enfants du Paradis (1945) ). Il réalise ensuite quelques coiurts métrages documentaires (Les Gens du Pô en 1943 ...).

 

Il ne décrit pas les milieux défavorisés et contrairement à Visconti ou à Rosselini dont le cinéma est marqué d'empathie, le sien se caractérise par l'indifférence. Ce sentiment le guete au tourant de chacun de ses films.

 

Le cinéma italien est essentiellement politique et comique. Antonioni se distingue par l'analyse des sentiments. Il exprime la solitude de l'être humain et l'incommunicabilité entre les individus. Les sentiments se diluent dans cette impossibilité à communiquer. Il effectue un constat de faillite complète de la civillisation (rien que ça, ndlr), de déshumanisation du monde industriel et d'inanité des efforts de l'être humain face à ce phénomène. Il paiera cher ce pessimisme par l'indifférence de la critique ou des festivals et le rejet du public.

 

Il fait essentiellement des descriptions de milieux bourgeois (à nuancer car il filme aussi le prolétariat), milieu où les sentiments ne sont pas conditionnés par des contingences matérielles et sont à nu.


 

Les films d'Antonioni


 

Extrait : Nettoyage urbain, 1947 (Ruban d'argent du meilleur documentaire en 1948)

 

Ce court-métrage montre les balayeurs de Rome dans des rues prolétariennes. Antonioni porte un regard respectueux et délicat sur un monde qui n'est pas déliat. La musique qui l'accompagne est presque expérimentale.

 

A noter que de manière récurrente dans son oeuvre, et paradoxalement par rapport à son élégance et à son indifférence, Antonioni est attiré par les bizarreries. Il montre de l'intérêt pour les trucs inhabituels.

 

En 1950, son premier long métrage est un coup de maitre. Il s'agit de Chronique d'un Amour projeté à l'issue du cours.

    En 1953, il tourne un film peu connu : La Dame sans camélia avec Lucia Bose, Andrea Checchi, Gino Cervi ...

      La-dame-sans-camelia.jpg

     

    C'est l'histoire d'une star de cinéma insatisfaite de sa vie et de sa carrière (rôles médiocres et films sans intérêt) qui décide d'arrêter sa carrière, s'ennuit et y revient.C'est une prémonition / actrice principale du film ainsi que de Chronique d'un Amour, Lucia Bose (miss Italie) dont la carrière s'étiole après ce film et qui se désintéresse du cinéma.

     

    Dans l'extrait, on voit comment l'actrice est instrumentalisée comme objet de rentabilité. Elle renonce constament et se laisse marcher sur les pieds par le monde du cinéma. C'est le thème du film. On observe le contraste entre l'élégance du contexte et la cruauté des comportements. Antonioni met en scène les personages de manière délicate et élégante.

     

    Ce thème illustre le pessimisme du réalisateur, quelque soit le milieu social.

     

    Rosselini est le cinéaste de l'histoire imédiate, De Sica se caractérise par son amour de l'être humain, Visconti par l'observation des groupes sociaux, Antonioni par l'analyse des sentiments. Il illustre l'impossibilité pour l'héroine d'être comprise et elle-même ne comprend pas l'homme qui l'aime.

     

    En 1955, Antonioni tourne Femmes entre elles, avec Eleonora Rossi Drago, Madeleine Fischer, Yvonne Furneaux ... 

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    Dans ce film, il montre la cruauté distinguée. C'est l'adaptation d'un roman de Cesare Pavesé, auteur qui s'est suicidé.

    A travers l'ouverture d'une boutique de mode à Turin par une femme d'affaires avisée romaine, il peint la vie d'un groupe de riches oisifs qui gravitent autour du milieu de la mode. Les relations mondaines aimables masquent la profonde incommunicabilité propre à la nature humaine. On ne peut pas aimer longtemps.

    Il n'y a pas vraiment d'histoire dans ce film. L'extrait du déffilé de mode se caractérise par un incident qui dévoile ce qui se cache derrière les apparences, une désespérance sourde et profonde.  D'ailleurs, à la fin du film, l'une des deux protagonistes de l'incident se suicide face au constat de l'impossibilité d'aimer.

     

    Le cinéma d'Antonioni montre la vacuité des sentiments mais ce n'est pas le cas dans sa vie (marié à l'actrice Monica Vitti). Selon lui, on peut vivre heureux, mais tout est fragile et se défait très facilement.

     

    Les acteurs de ses films ne sont pas juste des interprètes. Ils sont vivants dans sa mise en scène. Cela se traduit dans les décors et dans la manière des acteurs de quitter la scène.

     

    Les 4 chefs d'oeuvres d'Antonioni :

    - Le Cri en 1957

    - L'Avventura en 1960

    - Blow up en 1962 (voir Un fait divers à l'écran : l'affaire des soeurs Papin (1) / "Les Abysses" (1963) )

    - Profession Reporter en 1975

     


    Le Cri, 1957, avec Alida Valli, Steve Cochran, Betsy Blair ...

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    Il y a plusieurs niveaux de signification dans ce film : solitude, incommunicabilité, ... Il touche la condition humaine dans tous ses aspects.

     

    Alida Valli est dans son premier rôle après Senso (voir Le "viscontisme" de Senso à l'Innocent (1954-1976) / Senso (1954) ). Elle interprète une femme dont le mari vit en Australie. Elle vit avec un ouvrier et romp avec lui à l'annonce de la mort de son mari, au lieu de l'épouser. L'homme (Steve Cochran) part avec leur fille et le film raconte l'histoire de sa déambulation le long des berges du Po. Il aime toujours la femme qui l'a quitté, c'est un homme désespéré par un chagrin d'amour.

     

    L'extrait montre la fin du film : au bout de deux ans, l'homme revient vers la femme qu'il aime toujours et, à travers le vitre, la découvre avec un nourisson et s'enfuit. La femme l'apperçoit mais est impuissante à l'aider, elle a un retard constant sur lui.

     

    Parallèlement à la tragédie privée, une manifestation d'ouvriers se déroule dans la ville. Les manifestants sont indifférents à cet homme et à cette femme. Ceci montre la cécité du groupe par rapport à l'individu.

     

    C'est le premier chef d'oeuvre d'Antonioni. Ce film était marqué par le risque de la nonotonie puisqu'il ne se passe rien d'essentiel pendant plus d'une heure et demi. Antonioni a mis en scène de petits évènements pour faire rebondir le spectateur et briser la déambulation de l'homme. L'homme se voit dans le miroir du paysage : désolation de la plaine du Po en hiver.

     

    Les années 50 sont difficiles pour Antonioni : il est considéré comme ennuyeux et dispose de peu de moyens pour réaliser ses films.

     

    Ceci dure jusqu'en 1960, année où il réalise L'Avventura, palme d'or au festival de Cannes (l'une des dernières grandes batailles de Cannes). Ce film rencontre un succès critique et public.


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    Avec Monica Vitti, Léa Massari, Gabriele Ferzeti, ...

     

    De riches romains oisifs partent en croisière en Scicile. Il y a parmi eux un couple dont la femme disparait à l'occasion d'une escale au milieu du film. Tout le reste du film se passe à la chercher mais elle ne réapparaitra jamais.

     

    Antonioni veut montrer que le réel nous échappe. Cette disparition (après une discussion entre la femme et son fiancé pouvant déboucher sur une séparation) est un coup de génie. Plus la scène progresse après la disparition, plus on a l'impression que les autres passager, y compris le fiancé, se désintéressent d'Anna. Il fait éclater la réalité : quelquechose d'indiscible nous sépare les uns des autres.

     

    L'Avventura débute une trilogie qui est au coeur de l'oeuvre d'Antonioni. Celle-ci se poursuit avec La Nuit en 1961 et L'Eclipse en 1962.

     

    La Nuit, 1961, avec Jeanne Moreau, Marcello Mastroianni, Monica Vitti ...

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    Le niveau de ce film est un peu en deçà de l'Avventura au niveau de la construction du récit. Le premier a trouvé l'équilibre parfait entre le périple des individus et les étapes de leur indifférence.

     

    La Nuit met en scène les déambulations de Jeanne Moreau à Milan. Etrangère au monde et à la ville qui l'entourent, elle assiste à une rixe (extrait). On observe un décalage entre le gestes et les temps de réaction des uns et des autres.

     

    L'Eclipse, 1962, avec Monica Vitti, Alain Delon, Fransisco Rabal ...


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    Avec ce film, Antonioni termine un cycle de sa carrière. Il sera moins introspectif après. La première scène (extrait) est un chef d'oeuvre du ourt métrage. Elle montre une rupture, la mort d'un amour avant même d'avoir vécu (tension, incommunicabilité).

     

    Seuls Bergman a pu montrer des choses aussi difficiles à exprimer que la solitude et l'impossibilité à communiquer. Antonioni sonde la psychologie humaine avec patience.

     

     

    Chronique d'un Amour

     

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    De Michelangelo Antonioni

    Cronaca di un amore

    Italie / 1950 / 100' / noir et blanc / VOSTF

    Avec Lucia Bose, Massimo Girotti, Ferdinando Sami

     

     

    Le Méliès a dit

     

    Une femme très belle _  Lucia Bosè dans son meilleur rôle _, mariée à un homme riche, renoue avec un ancien amour.

     

    Ce premier long métrage de l'auteur fut le premier film de "l'après néoréalisme" et son "cinéma de l'introspection" s'éloignait des sujets sociaux de ses prdecesseurs pour évoquer le monde de la riche bourgeoisie milanaise.

     

    La fascinante élégance mise en scène mettait à nu, par une série de "non-évènements", la psychologie des héros.

     

    Présentation dans le cadre du cours

     

    1950 est une date importante dans le cinéma italien. C'est le premier film de l'après néoréalisme, réalisé par l'un des cinq grands cinéastes italiens. Avec Chronique d'un Amour, Antonioni ouvre une nouvelle brèche :

    - le cinéma facsiste était volontairement léger et ne parlait pas des sujets qui fachent ( Du cinéma fasciste italien au néo-réalisme / Ossessione (1942) )

    - le néoréalisme a montré l'homme dans son contexte ( L'âge d'or et la fin du néo-réalisme / Voyage en Italie (1953) )

    - Antonioni montre ce qui se passe dans la conscience et l'inconscient, derrière les apparances des faits.

     

    Contexte : Milan dans la très haute bourgeoisie. L'intrigue policière (soupçons d'un mari riche par rapport au passé de sa femme très belle) est un pretexte. L'intérêt du film réside dans la manière dont Antonioni montre l'histoire :

    - façon d'isoler les personnages dans l'espace sans effets spéciaux et de montrer ce qui se passe après leur départ,

    - incommunicabilité,

    - mise en scène du non évènement pour aller au delà de l'apparence et du vernis de l'action

     

     

    Que dire de plus ?

     

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    Comme d'habitude j'ai été captivée par un film que je n'aurais certainement jamais eu l'occasion de voir hors du cours.

     

     

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    Il explore toute la gamme des sentiments humains et pas forcément les plus valorisants. La société et l'argent pourissent un bel amour et celui-ci se termine, sans un mot, au moment où il pourrait enfin commencer.

     

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    C'est effectivement très pessimiste.

     

    J'avoue ne pas avoir pris garde au fur et à mesure à tous les éléments évoqués durant le cours, j'étais trop dans le film pour ça. Mais en recopiant, je me suis apperçu que tout y était.C'est vraiment une chance de pouvoir repenser aux films vus à l'aune d'éléments de contexte et de mise en scène pointus.

     

    La suite de l'oeuvre d'Antonioni dès demain !

    Publié dans Ciné

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