L'âge d'or et la fin du néo-réalisme / Voyage en Italie (1953)

Publié le par La fée Paradis




Après
Du cinéma fasciste italien au néo-réalisme / Ossessione (1942) , c'était le deuxième cours de cinéma et d'analyse de film au Méliès hier soir. Toujours le même intervenant, Emmanuel Leclerq,  Directeur de la structure, pour cette avancée chronologique et thématique dans l'histoire du cinéma italien.

Après Ossessione, le cinéma italien est marqué par le mouvement spontané du néo-réalisme(aucune concertation entre les différents réalisateurs, aucun manifeste). De courte durée comme tous les grands mouvements (1943-1949), il s'agit, après les années de mensonge du cinéma facsiste, de montrer la réalité et les difficultés rencontrées par la population italienne à cette époque : après-guerre et chaos politique (déclaration de guerre à l'Allemagne après la destitution du Duce et juste avant le débarquement des Alliés en Sicile), crise institutionnelle, crise économique, chômage, ...

Contrairement aux idées reçues, ce mouvement ne se caractérise pas par le tournage en plein air d'un film à petit budget avec des acteurs non professionnels : certaines scènes ont été réalisées en studio, les budgets on augmenté parallèlement à la renomée des réalisateurs et du mouvement (loi de l'offre et de la demandes) et les films mettent en scène des professionnels.

La présence d'enfants en bas âge est une des caractéristiques des films néoréalistes. Et l'individu y apparait au service d'une cause (armée, lutte antifacsiste, lutte des classes ...).


Extraits :


- Rome ville ouverte (1945) de Roberto Rossellini avec Anna Magnani, Aldo Fabrizi, Marcello Pagliero ... Le réalisateur n'est pas un idéologue et a même trempé dans le cinéma fasciste. Il s'attache "simplement" à rendre compte de l'ère du temps. Pour certain (mais pas Emmanuel Leclercq), ce film est considéré comme le point de départ du mouvement néo-réaliste. Nous avons vu la scène de la mort d'Anna Magnani froidement assassinée par les fascistes ou les nazis. Pas de réalité historique dans ce film.


- Paisà (1946) du même Roberto Rossellini avec Carmela Sazio, Benjamin Emmanuel, Harold Wagner ... Ce film montre la situation politique einextricable et incompréhensible en Italie à la fin de la guerre : entre les américains, les allemands et la population scicilienne, la scène qu'on a vu ferait perdre son latin à Lucius Vorenus ! M. Leclercq nous a montré comment le spectateur est manipulé quatre fois en 10 minutes !

- Le voleur de bicyclette (1949) de Vittorio de Sica avec Lamberto Maggiorani, Enzo Staiola, ... La fin tragique du film montre toute l'injustice sociale d'une période de crise économique ... J'en avais les larmes aux yeux !

- La terre tremble (1948) de Luchino Visconti avec Luchino Visconti, Antonio Pietrangeli, Antonio Arcidaconio ... Le grand tryptique du passé faisons table rase qui devait être réalisé n'a pas vu le jour. Mais on à quand même vu une belle scène de lutte pour un partage de la valeur ajoutée plus favorable au facteur travail ! C'est un peu les producteurs de fruits et légumes contre les requins de la grande distribution.


Le mouvement perd de sa pureté dès la fin des années 1940 avec la reprise économique en Italie. Il a influencé d'autres écoles comme la Nouvelle Vague française ou le Free Cinema anglais.

Le film qui suit n'est donc plus vraiment néoréaliste (CQFD). Il montre un couple qui ne sait plus communiquer et par en cacahuètes ... Un peu comme Rossellini et Ingrid Bergman à la même époque. Il a été mal compris lors de sa sortie en Italie et en France mais a été réhabilité par la Nouvelle Vague : transition vers le prochain cours ?



Voyage en Italie




VIAGGO IN ITALIA
Réalisé par Roberto Rossellini
Avec Ingrid Bergman, Georges Sanders, Leslie Daniels ...
Drame, Italie, 1953, 1h15, VOSTF







Résumé d'Allociné

Un couple d'Anglais va se defaire pour mieux se retrouver a l'occasion d'un voyage a Naples, ou ils se sont rendus pour heriter d'un oncle.


Le Méliès a dit

Un des plus grands films du monde, et, comme le disait Bernardo Bertolucci, plus qu’un chef-d’œuvre. Ce chant du cygne du néo-réalisme était aussi le point de départ d’un nouveau réalisme, annonçant celui de la Nouvelle Vague, dont « Voyage en Italie » était une des références absolues : un réalisme du comportement, de l’allusion, du non-dit, de la surprise aussi, à travers l’étrange périple d’un couple d’Anglais fortunés qui, à l’occasion d’un voyage en Italie et au contact d’une civilisation tellurique et sensuelle aux antipodes de leur réserve, découvre la vérité de ses sentiments





Que dire de plus ?


Tout le monde se retrouve un peu dans ce couple là. Quelle femme n'a pas pensé que les hommes étaient tous des muffles égocentriques et insuportables ? Quel homme n'a pas rêvé de retrouver sa liberté pour prendre du bon temps avec une femme soit-disant pluis libre et marrante que la sienne ?

C'est le changement de repères qui leur fait prendre conscience de la fin annoncée de leur relation. Mais comme ils n'ont pas encore de nouveaux repères, ils ne parviennent pas à se séparer. Ils ont encore besoin l'un de l'autre dans l'adversité (en l'occurrence une procession surpeuplée qu'ils n'avaient pas prévus).  

En peu d'images et à l'aide de dialogues émotionnellement pauvres, le réalisateur montre bien ce que ressentent ses personnages. Et on ne peut s'empêcher de se laisser porter pour transposer nos propres histoires. C'est intemporel et juste. C'est peut-être ça un chef-d'oeuvre ...

En tout cas, les prochains cours n'ont pas été annoncés mais j'espère que ça va continuer ! Restons à l'affut sur la gazette du Méliès !


Publié dans Ciné

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Bruce Kraft 27/11/2009 21:44


Hé bé...tout un programme dis donc!!


Bruce Kraft 26/11/2009 10:50


Merci pour mon instruction!!! J'avoue être un inculte dans ce domaine mais le cinéma est tellement vaste pour pouvoir tout connaître mais si j'arrive à retenir ces quelques informations c'est déjà
cool!!


La fée Paradis 26/11/2009 10:54



C'est une longue éducation ! C'est pour ça que je suis une fan inconditionnelle de ces cours au Méliès.

Apparament en décembre ce sera un cycle Luchino Visconti avec projection du Guépard et des Nuits
Blanches. Mais j'attends que le programme officiel soit diffusé pour en être sûre.



Coach 25/11/2009 11:30


...je n'apporterais pas mon avis sur le comportement Homme-femme, de la mufflerie, etc... Je ne suis qu'un homme.

Par contre voici une définition de "Chef d'oeuvre" (http://fr.wikipedia.org) qui peut apporter des éléments
interessants:Un chef-d'œuvre est une « œuvre accomplie en son genre » (Le Petit Robert, 2004). Ce terme est habituellement utilisé dans
le domaine des arts pour souligner la perfection de l'œuvre, issue de la maîtrise de l'artisan ou de l'artiste et souvent couplée à une imagination remarquable. Par extension, on utilise ce terme pour
signifier qu'il s'agit de l'œuvre la plus importante ou la plus aboutie d'un auteur, ou encore qu'elle est la meilleure représentation d'un mouvement littéraire, d'un mouvement musical, d'un mouvement architectural ou de tout autre forme d'art.

Les critères d'évaluation qui permettent d'affirmer qu'une œuvre est telle sont fortement dépendants de la culture. Par exemple, certains films du cinéma muet sont considérés comme des
chefs-d'œuvre par les experts, mais cette reconnaissance n'est pas largement reconnue par le grand public, témoin des effets spéciaux dernier cri.



La fée Paradis 25/11/2009 12:31



Merci pour cette définition du chef d'oeuvre.

On a certainement vu un chef d'oeuvre puisqu'Emmanuel Leclarcq estime qu'il s'agit de l'oeuvre la plus accomplie de Rossellini. J'avoue encore une fois manquer d'outils et de recul sur Rossellini
et le genre pour construire réellement ma propre réflexion. Mais à force de cours d'analyse de films et de séances dans les salles obscures on commencera à y arriver !