Le "viscontisme" de Senso à l'Innocent (1954-1976) / Senso (1954)

Publié le par La fée Paradis



shapeimage_1.jpg



Rappel :

Du cinéma fasciste italien au néo-réalisme / Ossessione (1942)

L'âge d'or et la fin du néo-réalisme / Voyage en Italie (1953)

Du néo-réalisme de Visconti à "Rocco et ses frères" (1943-1960) / Les Nuits Blanches (1957)




Cette fois, le cours de cinéma et d'analyse de film traitait du viscontisme. Je vous vois venir ... Eh bien non, c'était encore une fois très intéressant !


Selon Emmanuel Leclercq, ce néologisme désigne la période ou de manière non chonologique Luchino Visconti a tenté de déméler les causes du national-socialisme fasciste et nazi de manière non chronologique. Il s'attache à la société civile et non à la "grande histoire", un peu comme Hanneke dans Le ruban blanc  .


3 phases peuvent ainsi êtres identifiées :

- 1860 - 1892 : unification de l'Allemagne et de l'Italie avec Senso (1954), le Guépard (1963) et Ludwig (1971). Visconti cherche là les origine du fascisme et de la décadance culturelle.

- La fin du 19° siècle historique, avant la seconde guerre mondiale avec Mort à Venise (1971) et les Damnés (1969). Il étudie la décadence de a société féodale et la montée du national socialisme.

- L'après guerre et le miracle économique italien avec Les Nuits Blanches (1957) et Rocco et ses frères (1960). Ou encore Violence et Passion, l'un de ses derniers films en 1974, et Sandra (1965).

Ce fil historique est bien plus importantque l'esthétisme aux yeux de Visconti. Pour lui, la beauté est synonyme de pourrissement et de mort. Il adopte une lecture historique et je dirais même holiste (C'est de moi, donc à prendre avec des pincettes) du monde.

La scénariste habituelle de Visconti, Suso Cecchi d'Amico témoigne qu'il fallait le freiner dans sa volonté d'en faire trop pour épater la galerie.


Extraits :

- 3 extraits du Guépard (1963) avec Alain Delon, Burt Lancaster, Claudia Cardinale ...

Ce film est tiré d'un roman de Guiseppe Tomasi paru à titre posthume en 1958. L'histoire se passe en Sicile au moment du Risorgimeto de 1860 à 1910 (8 parties) et c'est l'histoire d'une trahison. L'aristocratie féodale de l'Italie du Sud s'allie avec la bourgeoisie industrielle capitaliste du nord afin de conserver ses privilèges, trahissant ainsi sa propre histoire. Visconti montre cette trahison avec l'alliance d'Alain Delon, prince désargenté, avec Caudia Cardinal, fille d'un roturier nouveau riche, au dériment de son amour pour sa cousine aristocrate. Claudia Cardinale, au sommet de sa beauté incarne cette nouvlle bourgeoisie flamboyante.

Pour Visconti, la féodalité était moins nuisible que le capitalisme synonyme de marchandisation de l'homme. Il montre comment la révolution de Garibaldi a été récupérée par l'aristocratie et la bourgeoisie pour installer une une Italie conservatrice et réactionnaire dont le fascisme sera l'aboutissement. A l'instar de Gramsci, il parle de révolution trahie, manipulée par les féodaux du sud au profit de l'essor industriel du nord.

Dans le premier extrait, Delon, cousin désargenté convainct son oncle, le puissant Prince de Salina, de soutenir la révolution : il faut tout changer pour que tout reste pareil. Ainsi, malgré les changements formels et institutionnels, ce sont les mêmes qui continuent à gouverner.

Le deuxième extrait correspond à la scène du barrage : au terme d'une avancée aussi sublime qu'inutile pour l'intrigue, Delon fait lever un barrage révolutionnaire pour permettre aux aristorates de rejoindre leur palais d'été, tandis que les pauvres n'ont pas le droit de passer.

Le troisième extrait de ce film montre le bal qui dure une heure dans le film (4 heures quand même). Sommet du génie plastique de Visconti, cette scène montre la fin d'un monde, celui des artistocrates féodaux. Il s'agit de la valse où Claudia Cardinal, promise à Alain Delon, triomphante invite Burt Lancaster, Prince de Salina à danser. Cela sonne comme une passation de pouvoir dont tous les acteurs sont conscients.

Le Guepard Bal



Ce film, récompensé de la Palme d'Or à Cannes, révèle Visconti au monde entier et le sort de l'ostracisme dont il était victime en talie (festival de Venise) et aux Etats-Unis (Oscars) en raison de son engagement aux cotés du PCI.


- Sandra (
Vaghe stelle dell'orsa, 1965) avec Claudia Cardinale. Il s'agit du film le plus intime de Visconti, mal perçu par la critique mais qui a reçu un très bon accueil du public.Il s'agit d'un voyage dans le temps et dans l'histoire de la famille de Sandra dont le père a été déporté dans un camp de concentration, dénoncé par sa mère.

L'extrait montre le prologue du film et le début du voyage. Un voyage réel et un voyage dans le temps, vers les souvenir de la jeune femme. Visconti a tourné ce film pour Claudia Cardinale.


sandra

- Les Damnés (
La Caduta degli dei, 1969) avec Dick Bogarde, Ingrid Thulin, Helmut Griem ... Ce film montre l'Allemagne entre 1933 et 1934. Il appartient à la trilogie allemande de Visconti avec Mort à Venise (1971) et Ludwig (1973). C'est le premier film sur le nazisme en tant que phénomène politique. Emmanuel Leclercq estime que Visconti en fait trop et que cela nui au côté dramatique. Il n'aime pas beaucoup ce film.

Visconti entamme à ce moment là sa traversée du désert. Il n'est pas en phase avec les mouvements maoïstes de l'époque et les execre, son cinéma n'est plus très à la mode. Il reste fidèle au PCI.

L'extrait montre l'orgie des SA qui précède la nuit des longs couteaux, l'un des seuls bon moments du film selon lui. Moi j'ai trouvé ça kitchissime et fondamentalement machiste mais c'est certainement lié à mes appartenances / voir Michel Serres et l'identité nationale


- Mort à Venise (
Morte a Venezia , 1971) avec Dick Bogarde, Sylvana Mangano, Marisa Berenson ... On assiste dans cet extrait à la rencontre entre un homme d'affaire et un jeune ado qui incarne toute la beauté du monde. On est dans la phase d'analyse de la montée du nazisme.

Mort à venise


- Ludwig (1973), avec Helmut Berger, Sylvana Mangano, Gert Frobe ... Helmut Berger fut le dernier compagnon de Visconti. Il incarne Louis II de Bavière. Ce film est une oraison funèbre sur la beauté et la poésie de la folie.  Le personnage principal est dans la quête d'un idéal nietzséen de beauté et d'absolu. Par ce film, Visconti condamne la neutralié qui fait le jeu de la réaction.

Le premier extrait montre l'arrivée de Romy Schneider qui renoue avec Sissi pour l'occasion. Celle-ci donne à Louis II sa vision du monarque : ce n'est pas lui qui fait l'histoire. Au mieux il y rentre lorsqu'il est assassiné.

Le deuxième extrait montre une discussion entre Louis 2 et un officier de l'armée bavaroise défaite par l'armée prussienne. Le monarque est soulagé par la fin de la guerre tandis que l'officier lui exprime les souffrances du peuple et la responsabilité d'un homme vis à vis de la société et de ses semblables. Louis 2 est largué et se replie sur lui même.


ludwig

-


SENSO






Réalisé par Luchino Visconti

Avec Farley Granger, Alida Valli, Massimo Girotti ...
Drame, historique, Italie, 1953
VOSTF






Le Méliès à dit


Un des plus beaux films italiens, dont la somptuosité des couleurs, des costumes et des décors firent entrer le génie plastique de Visconti dans la légende du 7ème art.

A travers la relation passionnelle d’une aristocrate italienne et d’un officier autrichien dans la Venise occupée de 1866, le cinéaste abordait pour la première fois le thème favori de sa « deuxième période » : la décadence de l’aristocratie comme l’une des strates historiques nécessaires à l’avènement d’un monde révolutionnaire. 



Senso1




Que dire de plus ?


Qu'il est beau ce soldat autrichien ... Mais était-ce une raison suffisante pour se laissser abuser et trahir les sien ? D'autant plus que ça ne lui a pas porté bonheur non plus ...

Passion et trahison, j'ai été subjugué durant tout le film et pas sûre que sans l'explication qui a précédé j'aurais pu aller voir derrière les persiennes du cinéma ... Je me serais certainement laissée manipulée par cette tragique histoire d'amour !

Prochains cours l'année prochaine ! On verra bien de quoi il s'agit cette fois !


Publié dans Ciné

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article