Un fait divers à l'écran : l'affaire des soeurs Papin (1) / "Les Abysses" (1963)

Publié le par La fée Paradis

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Après le cinéma fasciste italien ( Du cinéma fasciste italien au néo-réalisme / Ossessione (1942) ), le néo-réalisme ( L'âge d'or et la fin du néo-réalisme / Voyage en Italie (1953) ) et Luchino Visconti (Du néo-réalisme de Visconti à "Rocco et ses frères" (1943-1960) / Les Nuits Blanches (1957) , Le "viscontisme" de Senso à l'Innocent (1954-1976) / Senso (1954) ), le cours d'histoire du cinéma et d'analyse de film aborde un nouveau thème, celui des faits divers au cinéma. Deux séances sont prévues en janvier 2010.

Je suis revenue de Rignac exprès (pour l'AMAP aussi). Je me suis dit que c'était la moindre des choses et surtout que ça me changerait des blockbusters.

Présentation de la session :

 

De nombreux faits divers ont été illustrés à l'écran : mais peu d'entre eux auront donné naissance à autant de films _ six _ que l'affaire des soeurs Papin (sans oublier, en 1947, Les Bonnes de Jean Genet).

 

Les soeurs Papin, Christine et Léa, qui étaient domestiques au Mans, assassinèrent leur patronne et sa fille, sans mobile apparent, le 2 février 1933; Christine fut condamnée à mort, et Léa à dix ans de travaux forcés.

 

Dès sa survenance, l'affaire déchaîna les passions et suscita, de la part d'intellectuels célèbres _ tel Jacques Lacan _ des interprétations ou s'imbriquaient philosophie, politique et psychanalyse.

 

Le cours analysera de quelles diverses manières le cinéma a illustré cette tragédie.

 

Ce que j'ai retenu de ce premier cours :

 

Malgré ma qualité de fée, je ne suis pas dotée du don d'ubiquité et comme je ne peux pas être à 18h au Méliès et à l'AMAP, je suis arrivée avec une demi-heure de retard. Heureusement que mes camarades Dudule et fée Globule avaient pris mon ticket et avaient averti l'ouvreuse !


Peu de films ont été tourné à propos des faits divers au cinéma (de nombreux téléfilms). Mais ces films, une fois contextualisés, sont révélateurs de la société. Ils s'attachent aussi à montrer que le bien et le mal ne sont pas des notions définitives.

Extraits :

- M le Maudit réalisé par Fritz Lang en 1931 avec Peter Lorre, Otto Wernicke, Güstaf Grundgen ...

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Fritz Lang dénonçait déjà le nazisme dans ce film. Le Maudit est à la fois victime et coupable du nazisme.

J'ai raté le premier extrait mais le second montrait le tribunal populaire qui jugeait le Maudit. Celui-ci se présente comme la victime d'une malédiction qui le ronge et l'oblige à tuer des petites filles. L'extrait montre aussi que ce procès a liu dans une usin qui a fait faillite, symbole de la crise économique, et cette usine appartenait à des juifs, soit la faillite des juifs dans l'Allemagne du début des années 30, quelques années avant l'arivée d'Hitler au pouvoir.

Fritz Lang, réalisateur juif allemand, a présent la malédiction et la fatalité qui touche la société tout au long de son oeuvre.

- Le Corbeau d'Henri-Georges Clouzot réalisé en 1943 avec Pierre Frenay, Ginette Leclerc, Hélèna Manson ...
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Ce film fait référence au fait divers des lettres anonymes dénonçant les perversions des notables à Tulle. Il ne fait aucune allusion à l'occupation et montre que l'individu est noir et mauvais, que le bien n'est nulle part chez l'homme.

Ce film a fait l'objet de critiques de la part des colabos puisqu'il montre une France mesquine différente des vertues du pétainisme. Il a aussi fait l'objet de critiques de la part des résistants en faisant le portrait d'une France où tout le monde collaborait (Le réalsateur a été acquité lors des procés des colabos à la libération).

L'extrait montre la rencontre entre un notable (flic ? instituteur ?) et un psychiatre. Malgré des propos durs et sans espoir, je l'ai trouvé assez drôle.

- Blow up de Michelangelo Antiononi en 1966 avec Vanessa Redgrave, Davi Hemmings, Sarah Miles... Palme d'or en 1967.

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Antonioni n'était pas un réalisateur néo-réaliste. Il s'attachait plutôt à montrer les individus qui ne communiquent pas entre eux et leur impossibilité à comprendre le monde.

blow up = agrandissement, en anglais. Le début des années 60 à Londres marque les débuts du tout image et de l'argent roi. Les stars du films ne sont ps les acteurs mais les modèles.

Les deux extraits montre la possible naissance d'un fait divers mais on voit surtout qu'il est impossible de montrer la réalité par les images. Celles-ci brouillent les pistes et chaque perception est différente.

La mort d'Antonioni et d'Igmar Bergman le même jour (30 juillet 2007) signifie, selon Emmanuel Leclerc, la fin d'un cinéma. Et après avoir vu Avtar, je le rejoins.

- Les Abysses de Niko Papatakis en 1963.

Ce film s'appuie sur l'un des faits divers les plus célèbres du XX° siècle. Il s'est déroulé en 1933 et les intellectuels de l'époque s'en sont saisi : les soeurs Papin.

Christine et Léa appartiennent à une fratrie de 3 soeurs avec Emiliana, l'aînée. Elles ont vécu une enfance qu'on peut qualifier de difficile (inceste patenel et changements de foyers au gré des aventures de leur mère jusqu'à leur abandon dans un foyer). Christine est embauchée comme domestique dans une famille bourgeoise du Mans et fait embaucher sa petite soeur Léa. Les deux soeurs entretiennent une relation fusionnelle et un inceste au moins moral. La plus vielle a un très fort acendant sur sa cadette.

Les Lancelin sont de bons employeurs et ne remettent pas les gages à la mère mais aux filles, ce qui n'était pas évident  l'époque. Elle travaillent 3 ans sans sortie sauf pour se rendre à la messe le dimanche, jusqu'au drame.

Du fait d'une coupure de courant, Christine n'a pu finir le repassage et Madame lui en fait le reproche. La bonne se sent trahie et lui arrache un oeil. Attirée par les cris, Léa arrive et poursuit le travail de sa soeur tandis que Christine s'occupe de Mademoisell, elle aussi attirée par les cris. Elles arachent les yeux des deux femmens puis les depessent et les achèvent à coups de marteaux puis de couteaux ... Ce crime sans motif éveille l'intérêt.

Afin de satisfaire les bonnes gens horrifiés, le procès doit être exemplaire. L'expertise psychiatrique montre la sanité d'esprit des deux soeurs et celles-ci ne bénéficien pas d'attenuation de peine : l'ainée est condamnée à mort et la cadette à l'emprisonnement. Jacques Lacan montrera qu'il s'agissait en fait de simples d'esprit touchées par une paranoïa a deux.

Les intellectuels analysent ce fait divers seln deux entrées :

- la lutte des classes (peu compatible avec l'analphabétisme et la simplicité d'esprit des deux soeurs)
- psychanalyse qui montre un scandale judiciaire : les peines auraint du être atténuées, mais il fallait satisfaire la bonne société.

Ceci est illustré par la lecture d'un extrait des mémoires de Simone de Beauvoir.

Papatakis est un réalisateur atypique dans le cinéma français. Il est aujourd'hui âgé de 92 ans. Métisse gréco-somalien, il souffre d'un complexe d'infériorité lié au rejet en tant que somalien et en tant que grec. Il a fondé le bar la Rose Rouge qui a fait l'âge d'or de Saint-Germain-des-Prés et fut un temps l'époux d'Anouk Aimé. Pus il est devenu producteur de films avant de s'attaquer , sans aucune formation, à son interprétation des Bonnes de son ami Jean Genet malgré le refus de ce dernier. 

Ce film est, selon le réalisateur lui-même, une métaphore de la guerre d'Algérie : Monsieur et Madame rerésentent les colons persuadés d'être aimés par les colonisés, les bonnes (Michelle et Marie-Louise) représentent les colonisés qui aspirent à l'indépendance et Madmoiselle incarne la gauche respectueuse qui n'a pas compris que les colonisés désirent gagner eux-même leur indépendance.

Les soeurs Bergé ont manqué le prix d'interprétation féminine à Cannes car, à cette époque, il ne pouvait être décerné collectivement.

On a vu la scène du retour des patrons puis celle du poulailler avant l'entracte.

Comme d'habitude, le poulet yassa était délicieux !

Les Abysses

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de Nico PAPATAKIS

France / 1963 / 96’ / nb

Avec Francine Bergé, Colette Bergé, Pascale de Boysson, Colette Régis...


Le Méliès a dit

Inspiré, à distance, de l’affaire des sœurs Papin, un des films les plus troublants qui aient jamais été tournés, et dont le radicalisme n’a peut-être jamais été égalé à l’écran.

Nico Papatakis, grand cinéaste resté à la marge des feux de la notoriété, souhaitait adapter les Bonnes de Jean Genet ; celui-ci refusa, estimant sa pièce démodée. Papatakis passa outre, supprima l’échange de rôles et radicalisa dans le film l’inversion d’une situation sociale donnée : ce ne sont plus ici Madame et Mademoiselle qui maltraitent leurs domestiques, mais ces dernières qui tyrannisent toute la famille.

Les Abysses est un des derniers cris d’une histoire du cinéma qui en sera bien avare par la suite.  C’est aussi le premier film qui fit l’objet d’un manifeste collectif signé par des intellectuels célèbres, et dont nous publions un extrait. Le film a été très peu diffusé depuis sa sortie, et n’existe que dans la version pellicule que nous vous présentons ici.
 

Que dire de plus ?


Un film dur qui traite de la folie et du manque de communication. Pourtant, j'ai souvent souri, tant certaines scènes ont un fort pouvoir de comique de situation (ce n'était peut-être pas l'effet escompté).

Ici, les soeurs sont folles mais chacun cherche à préserver ses intérêt et sa bonne morale sans en tenir compte. Madame veut récupérer un peu des biens de Monsieur, Monsieur veut continuer à vivre comme un bourgeois et Mademoiselle, forte de ses certitudes humanistes, fait preuve d'un paternalisme inadapté à la situation.

La pression monte crescendo jusqu'au meurtre final qui est plus suggéré que montré (pas de sang ou de scène de torture). C'est un redoudable huis-clos dont personne n'a cherché à sortir.

Si on ne me l'avait pas dit, je n'aurais pas compris la métaphore de la guerre d'Algérie. Par contre les thèses de lutte des classes et de psychanalyses sont très présentes. Personne n'est complètement bon ou mauvais, mais les patrons ont plus de légitimité sociale que les bonnes.

Les 4 femmes principales sont interprétées par des artistes remarquables et la mise en scène et les dialogues permettent de palper cette tension qui monte. C'est un très bon film. Pasbesoin d'effets spéciaux pour parler de l'être humain.

Publié dans Ciné

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Globule 13/01/2010 13:19



Je vous donne mes impressions?
J'étais complètement subjuguée par l'interprétation de Madame par Colette Régis. Elle est tout simplement INCROYABLE dans ce rôle... Les soeurs Papins sont complètement hystériques et folles
à lier. Ce film est à la fois opressant(certaines scènes sont à la limite du supportable!) et drôle...  Même si j'ai dû affronter une tempête de neige au retour, je n'ai pas regretté le
déplacement une seule seconde!



La fée Paradis 13/01/2010 13:52



Un chef d'oeuvre malheureusement méconnu. Jeudi prochain on passe en 1995 .... ça va faire bizarre !



Dud 08/01/2010 09:47



J’ai aimé le film ! Je suis déçu de ne pouvoir assister au second cours (taf oblige…).


La mise en scène m’a rappelé celles des films Hitchcock.


 


 


J’ai envie de rajouter quelques compléments.


 


Le film « Les abysses » est inspiré du fait divers de l’affaire des sœurs Papin, mais les faits sont
différents :


 


-En réalité, l’acte final est bien plus gore (inoculation et dépessage vivant + mise à mort à coups de marteau et de couteau). Seul
sont présentes les victimes Madame et Mademoiselle.


 


-Les rôles de tyrannie sont inversés pour renforcer la métaphore de la guerre d’Algérie.


 


-La raison de l’acte final : Les sœurs supplient leurs patrons de ne pas vendre afin de préserver leur seul havre de paix, leur
paradis : le Poulailler (acte notarial normalement signé pour que le poulailler soit la propriété exclusive des deux sœurs).


 


-Mademoiselle n’est la fille que de Monsieur donc les deux véritables propriétaires sont Monsieur et Mademoiselle.


 


-Mademoiselle est amoureuse de la plus jeune des sœurs.



La fée Paradis 08/01/2010 10:28



Un histoire de gens mesquins et rances / propriété, filiation ... Le film veut montrer qu'une société mesquine est unemachine à produire la violence et la folie.

Pour le prochain cours, tu pourras lire mon compte rendu !