"Watch your back !" , Jürgen Nefzeg / "Esthétiques urbaines ?", André Merian

Publié le par La fée Paradis

Jürgen Nefzger, watch your back!

 

 

 


Le Château d'Eau a dit 


Depuis le début des années 90, Jürgen Nefzger porte un regard sur les mutations des territoires sous l’action de l’homme. Dans une démarche très ancrée dans la tradition du document photographique, il développe une œuvre constituée d’ensembles nourris d’études qui mêle informations géographiques, économiques, politiques et parfois écologiques.

Ainsi sous ce titre "Watch your back!", son exposition croise plusieurs séries qui de façon évidente ou en filigrane, nous alertent sur les dommages que nous faisons subir à notre environnement et sur les risques de notre insouciance.

 

Autour de «Fluffy clouds», point nodal de cette exposition qui fait l’objet d’une publication co-éditée avec Hatje Cantz, Le Château d’Eau présente plusieurs travaux de ces dernières années.

RDC : Fluffy Clouds (2003-2006) propose un tour d'horizon de plusieurs pays européens (France, Allemagne, Suisse, Grande-Bretagne, Belgique) à travers leurs centrales nucléaires. Le parcours visuel suit le rythme des quatre saisons, cycle d'images ou l'Europe est interrogée dans ses paysages, dans ses climats, dans ses positionnements différents face au nucléaire. L'inventaire dressé est vertigineux. Fluffy Clouds (nuages cotonneux) toute l'ambivalence est là : l'adjectif est sympathique, la consonnance aérienne, légère, et la menace pesante.

Au sous-sol, ses autres travaux présentés sous forme de projection vidéo et diapos de photographies réunissent les séries Dunkerque, Nocturnes et Hexagone.

Dunkerque : en 2007, Jürgen Nefzger a été invité à réaliser un travail photographique sur le territoire de Dunkerque. Au cours de plusieurs séjours, il s'est approché d'un paysage urbain marqué par son histoire industrielle, mais s'est aussi intéressé aux alentours de la ville, aux espaces intermédiaires où l'individu vient chercher un rapport à la nature. La série adopte comme souvent le rythme d'un récit où l'on découvre peu à peu un portrait de Dunkerque qui s'attache à ses lumières, à ses habitants, sans pour autant nier la réalité sociale qu'elle abrite, ni gommer les marques d'un développement économique peu attentif à ses impacts écologiques et humains.

Nocturnes, série réalisée à Clermont-Ferrand à l'automne 2007, est une traversée nocturne allant du haut de la chaîne du Puy jusqu'au coeur de Clermont-Ferrand, en passant par les zones périphériques industrielles et commerciales. On s'approche d'une ville plongée dans un état de veille, immobilisée dans l'entre-deux de l'agitation urbaine. A travers cette série, Jürgen Nefzger propose un cheminement qui explore l'envers d'un espace du quotidien, dans l'incertitude et le plaisir de la découverte. Ce travail est présenté sous forme d'une vidéo de 13 mn environ.

Dans les deux séries Hexagone réalisées respectivement de 1995 à 2001 (le paysage fabriqué ) et de 2006 à 2008 (le paysage consommé), Jügen Nefzger détaille les paysages ruraux marqués par la réalité moderne et industrielle, et l'incidence de ces dernières sur l'environnement. De la chute des barres à l'éclosion du pavilonnaire, du développement des villes nouvelles à la  construcrion de grands ensembles dans des zones touristiques, J.N. nous promène dans une France peu engageante. La dimension fabriquée du paysage frôle souvent le factice, plusieurs imagent dégagent ainsi un trouble sur leur véracité, mais pourtant tout est bien là, témoingnage de la réalité que nous nous construisons.
Deux successions de 38 diapos chacunesen extraites des séries Hexagone 1en N/B et Hexagone 2  en couleur sont présentées en boucle dans un diaporama


Que dire de plus ? 




Comment a-t-on urbanisé plus d'espaces en 50 ans qu'en deux millénaires ? Comment les a-t-on urbanisés de manière à  banaliser le paysage français, voire européen (zones d'activités, lotissements, délaissés ...) ? Pour faire ce constat essentiel à l'heure de Copenhague, allez faire un tour au Château d'Eau !

 

Ces photos sont justes et percutantes. D'un grand humanisme, elle témoigne d'un gachis et de la manière dont l'homme, plein de ressources, s'adapte à ces conditions d'occupation ou d'abandon de l'espace. La première série questionne aussi nos choix énergétiques.

 

Une leçon d'urbanisme et d'aménagement du territoire accessible à tous !

 

 

 


André Mérian, Esthétiques urbaines ?

 

 

 

 

Le Château d'Eau a dit

 


André Merian a bénéficié d'une résidence d'artiste au cours de l'année 2009 au Château d'Eau, durant laquelle il a réalisé ce corpus d'images dans les quartiers en rénovation urbaine de Toulouse. 

Depuis 1987, les préoccupations d'A.M se portent sur la question du paysage et de la trace laissée par l'homme. Zones côtières, zones commerciales périphériques ou zones de débordements urbains, ce voyageur, aussi discret que volontaire, trouve son terrain d'expression dans ces espaces frontaliers et transitoires. Il y promène son regard flottant, s'accomodant de motifs modestes et de lumières sans éclat. 

Les années 2000 voient l'arrivée de la couleur dans le travail de ce photographe, qui introduit comme une sorte de distenciation vis-à-vis du sujet, posture qui se renforce par le choix d'un point de vue souvent central. 

Le travail exposé aujourd'hui a été réalisé sur les quartiers d'Empalot et du Grand Mirail et interroge des formes d'habitat urbain (NDLR : je sais ça fait pas marrar) en mutation. Il y a là une certaine démarche documentaire du fait même des transformations à l'oeuvre mais aussi surtout une approche plasticienne. 

Alors qu'il est difficile de parler d'esthétique urbaine dans des quartiers où l'urbanisme est souvent vécu comme austère et déshumanisant, A.M. redonne à voir une perception sensible que le quotidien tend à éffacer, sans produire de discours sur le beau et le vivable, l'esthétique et le bon usage. 

Jouant des changements d'échelle, tantôt à hauteur d'homme, tantôt en plans larges, il investit ainsi les lieux d'habitation de ces quartiers où l'immensité des barres d'immeuble jouxte des lieux vides _ rond points, murs, halls d'entrée, esplanades, parkings ... Il en résulte des photographies aux teintes fanées, qui s'organisent autour d'un poteau, une bordure, ou d'un ensemble d'immeubles. 

A la fois fascinante et effrayante, au delà des vocables par lesquels on la désigne, cette réalité urbaine révèle pourtant dans ses dimensions architecturales, des potentialités plastiques à découvrir. 

Cette exposition reçoit le soutient de la Caisse des Dépôts et des Consignations dans le cadre du mécénat "Solidarité Urbaine". 


Que dire de plus ?


J'ai retrouvé ici le charme et la poésie des grands ensembles en renouvellement urbain que j'avais ressentis lors de mes stages étudiants en politique de la ville. Il n'y a que ceux qui n'y ont jamais mis les pieds et qui sont branchés sur TF1 qui peuvent prétendre que ça ne vaut pas le coup d'e les visiter ou d'y vivre.

Beaucoup de solidarité et d'attachement aux lieux de vie naissent dans ces barres et ces tours. D'ailleurs les habitants à qui un relogement plus "valorisant" est promis voient souvent d'un très mauvais oeil la destruction des immeubles où ils ont passé tant d'années.

Cette série remet aussi en cause de manière flagrante l'idée reçue de la densité des grands ensembles : un centre ville est bien plus dense qu'une cité ! Eh oui !

Publié dans Expos

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