Une exécution ordinaire

Publié le par La fée Paradis

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Écrit et réalisé par Marc DUGAIN d’après son roman
France 2009 1h45mn
avec André Dussollier, Marina Hands, Edouard Baer, Denis Podalydès, Tom Novembre, Grégory Gadebois...



Utopia a dit


1952. Staline est sur la fin. Il est malade, il a les artères bouchées : il y a trop longtemps qu’il boit, qu’il fume, qu’il passe six heures à table avec Béria… Obsessionnel, paranoïaque, il fait le vide autour de lui. « J’ai supprimé tous ceux qui m’étaient indispensables. Depuis ils ont prouvé qu’ils ne l’étaient pas… » lui fait dire Marc Dugain.

L’intrigue du film – pure fiction – se déroule au moment – bien réel – du « complot des blouses blanches » : un groupe de onze médecins, dont sept sont juifs, est accusé d’avoir empoisonné deux dignitaires du Parti Communiste. Parmi les inculpés, il y a Miron Vovsi, le médecin personnel de Staline. Et c’est la disparition de ce médecin qui crée un espace pour la fiction, qui va permettre à Marc Dugain d’introduire le personnage d’Anna, de mettre en scène le face-à-face entre le dictateur usé mais encore sûr de son pouvoir et la résistante tranquille, qui plie mais ne rompt pas
...


Anna est une jeune urologue qui travaille dans un hôpital de la banlieue de Moscou. Elle est mariée à Vassili, un physicien désabusé dont on sent bien qu’il ne survit que grâce à l’amour qui le lie à cette femme sensuelle et déterminée, qui met autant d’énergie à essayer d’avoir un enfant qu’à exercer son métier envers et contre tous les obstacles bureaucratiques qui l’assaillent quotidiennement à l’hôpital.

Il faut dire que de fait, Anna n’est pas un médecin tout à fait comme les autres: elle a un don dans les mains, qui lui permet de soulager les douleurs les plus tenaces chez ses patients. Un don qui suscite évidemment jalousies et critiques parmi ses confrères ; un don qui pourrait bien lui attirer des ennuis, comme se plaît à le lui rappeler son chef de service libidineux en lui offrant sa protection contre paiement en nature ; un don qui va la mettre dans la situation la plus dangereuse qu’on puisse imaginer – en fait non, elle est inimaginable : Staline, qui sait tout sur tout le monde – c’est son fond de commerce – la fait venir secrètement dans son palais pour qu’elle le soigne, ou tout au moins qu’elle le délivre ne serait-ce que pour un moment de ses souffrances insupportables. « N’oublie pas tes mains, je viendrai avec mes douleurs » lui dit-il.

S’engage alors entre eux une relation tordue et oppressante, entre confidences, manipulation et menaces. Il a besoin d’elle, il le sait, il n’aime pas ça, il lui fait sentir doucement qu’il peut faire d’elle ce qu’il veut, il lui fait comprendre que sa vie désormais lui appartient, qu’elle doit rompre avec tout ce qui lui tenait à cœur, à commencer par son mari.

Elle est en danger, elle en a conscience, elle se met à sa disposition, elle le soulage du mieux qu’elle peut, elle se plie à ses volontés, exécute ses instructions, ne se rebelle pas, fait profil bas, mais dans son for intérieur n’abdique pas, ne cède pas, ne change pas d’un iota. La force d’âme est avec elle. Et le temps aussi…

Au fil du déroulement de la fable, on comprend que le mot le plus terrible, dans son titre, ce n’est pas « exécution », c’est « ordinaire ». Le film installe une ambiance de grisaille, de méfiance, de surveillance généralisées. Et finalement acceptées, intégrées. Le comble de l’efficacité pour une dictature qui se respecte. « Délation à tous les étages ! » pourrait annoncer le concierge omniprésent génialement joué par Denis Podalydès. En dictateur ordinaire, André Dussollier est géant : étonnamment grimé pour ressembler à son modèle, mais parfaitement fidèle à son jeu, en douceur, en nuances, en subtilité. La terreur en pantoufles. Face à lui, Marina Hands fait le poids. Compliment laconique, mais considérable.



Que dire de plus ?


Un film sur Staline ! Pépé, totalitarismologue et dictatorologue (et non pas totalitariste et dictatorialiste) confirmé ne pouvait qu'être enthousiasmé ! En plus, ce film nous a permis de confirmer notre rituel du dimanche à Toulouse : repas du midi dans le très bonne brasserie d'Utopia Tournefeuille et film de 14h. Un esprit sain dans un corps sain et l'ambiance d'Utopia n'a décidement rien à voir avec celle du Gaumont Wilson où nous avions vu  Sherlock Holmes la veille. C'est un havre de paix, de propreté et de culture pour 3 Euros de moins !

Sinon, le film était très émouvant. La mise en scène et les acteurs nous font expérimenter tous les sentiments : la colère, la révolte, la compassion, la compréhension, la lassitude, la peur, l'amour, .le désir, la douleur ... Impossible de rester de marbre face à la prestation de Dussolier (bravo aux maquilleurs !) et de Marina Hands. Avec une spéciale dédicace pour Denis Podalydes en concierge soviétique parfait et Gregory Gadebois en odieux chefaillon libidineux et puant. Pas besoin d'effets spéciaux pour faire passer des émotions et construire un histoire autour de personnages complexes.

Je n'ai pas lu le roman éponyme de Marc Dugain, et ne peux donc pas comparer avec le film, mais ça m'a donné envie de le lire à l'occasion. Pas tout de suite car le film est encore trop présent dans mon esprit. Et je pense que c'est un film à digérer lentement.


Ma note : 3,75 / 5

Publié dans Ciné

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