Un sang d'aquarelle

Publié le par La fée Paradis


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Françoise Sagan
Gallimard Folio
25 mai 1989


Quatrième de couverture



Paris, 1942. Constantin von Meck, metteur en scène allemand qui a fait l'essentiel de sa carrière à Hollywood, tourne un film pour la U.F.A. Il ironise sur ses compatriotes, s'insurge contre les brutalités policières, tente de sauver deux techniciens juifs, est révolté par une scène de torture, mais il ne remet fondamentalement en cause ni l'Allemagne nazie, ni la collaboration, ni sa propre attitude.

Il aime la vie et les femmes - surtout la sienne, la belle Wanda. Il aime les hommes, les personnages extravagants et le rire. Séduisant, bruyant, drôle lui-même, il avoue pourtant avoir du «sang d'aquarelle ».

Il lui faudra la révélation de l'horreur devant laquelle, d'abord, il recule pour affronter finalement son destin, au terme d'une existence placée sous le double signe de la comédie et de la tragédie.


Que dire de plus ?


Je ne sais plus à quelle occasion on m'a offert ce bouquin mais il trainait sur ma PAL depuis un bout de temps (je l'ai lu en version folio poche mais je trouve que la couverture originale a plus de gueule pour l'illustration).


C'est un roman très surprenant est pas du tout politiquement correct, comme son auteur d'ailleurs, puisqu'il légitime et valorise la légèreté et l'égoïsme. Ce sont des valeurs répendues aujourd'hui et plus que lorsque le livre a été écrit, à la fin des années 1980, mais ce n'est pas de bon ton de les assumer, ce que fait parfaitement Constantin dans un contexte plus que tendu, sous couvert de création artistique.

Il y a une tension dans cette histoire. On est tiraillé entre le côté bling bling séduisant et tellement compréhensible (strass et paillettes des stars du cinéma), et les blessures ancrées dans le coeur de chacun des principaux protagonistes. C'est une fuite en avant vers une pseudo lumière pour oublier le côté obscur de la force. Même chez les SS et les gestapistes on retrouve ce phénomène, mais la fuite va vers la reconnaissance militaire et la violence. Et cette compromission, le lecteur s'y complet comme les héros de l'histoire, tant la vie parait plus distrayante !

Je m'y suis tellement plue que j'ai été très surprise par un dénoument que, dans ma torpeur, et malgré les signes avant coureurs, je n'avais pas vu venir.

Le style, la synthaxe, le vocabulaire sont simples ... Faussement simples, pour analyser des personnages plus que complexes. Personne n'est entier et c'est ce que transcrit très bien ce roman. Malgré un contexte extraordinaire (France occupée au moment où le rapport de foce commence à tourner en faveur des alliés) et des personnages extraordinaires (stars de cinéma, metteur en scène celebrissime, jet set parisienne, SS et gestapo), c'est une histoire humaine. Tristement mais simplement humaine.

Un plus pour moi : on suit la vie d'un tournage et apparaissent les questions de production et de montage d'un film. En fait c'est comme de l'urbanisme opérationnel, des études préalable, à la construction, en passant par l'équilibre budgétaire et le montage financier de l'opération. Et ces thèmes m'intéressent beaucoup ! Vous remarquerez qu'encore une fois, je n'ai pas pu éviter le nazisme et la seconde guuerre mondiale, mes thèmes de prédilection du moment !

Publié dans Livres

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Yuko 29/01/2010 15:33


J'ai découvert Sagan avec "Bonjour Tristesseé et j'ai été séduite par un style très épuré...D'apparence très simple mais qui recèle une grande complexité dans ses personnages. J'en garde un très
bon souvenir et après "Chamade" que je dois lire depuis longtemps...Je me laisserai bien tentée par celui-ci ^^
Merci de nous en avoir parlé en tout cas !!


La fée Paradis 29/01/2010 15:36



C'est exactement ça : une analyse très fine des comportements et ressenti des hommes, derrière une apparence faussement simple. C'est très agréable à lire et ça donne matière à réflexion.
Je n'ai pas lu Chamade, mais c'est une bonne idée.