Un fait divers à l'écran : l'affaire des soeurs Papin (2) / "La Cérémonie" (1995)

Publié le par La fée Paradis

Rappel :
Un fait divers à l'écran : l'affaire des soeurs Papin (1) / "Les Abysses" (1963)


Ce que j'ai retenu du cours


Encore une fois, je suis arrivée un peu en retard pour cause d'AMAP et j'ai loupé le début de l'intervention.  En plus c'était la débandade dans les troupes cinéphiles paloises : repas de serviceà base de porc pour la Globule, déplacement professionnel dans le centre pour le coach et train de nuit pour Anne-Laure.


Comme j'étais en retard, j'ai raté les extraits de l'affaire Stavisky (Stavisky, Alain Resnais, 1974, avec Jean-Paul Belmondo, François Perier, Charles Boyer ...), l'ancêtre de Madoff au début des années 30.

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- Mourir d'aimer, de André Cayatte en 1971, avec Annie Girardot, François Simon, Bruno Pradal ...

MourirAimer
André Cayatte est avocat et se réoriente dans la réalisation à partir des années 50. Il tourne essentiellement des films sur la justice (Justice est faite, Lion d'or à Berlin en 1950), à partir de faits divers, pour montrer les dysfonctionnements de cette institution, sans nuance, et sans image subliminale. 

Mourir d'aimer traite de l'affaire Gabrielle Russier, professeur divorcée amoureuse d'un élève de 17 ans. Cette affaire fait scandale et, à cette époque, relève du délit. Elle sera emprisonnée et se suicide en prison. Ce qui révolte André Cayatte (et moi aussi).

Ce film a connu un énorme succès et a relancé la carrière d'Annie Girardot en berne depuis Le Guépard de Visconti (Le "viscontisme" de Senso à l'Innocent (1954-1976) / Senso (1954) ), ce qui a fait d'elle la seule actrice bancable du cinéma français des années 70 (plus que Catherine Deneuve).

L'extrait montre la séquence de l'interrogatoire de Gabrielle Russier par le juge d'instruction. Cette conversation oppose deux conceptions opposées de la vie privée. Pour elle, son amant est un homme et leur histoire ne regarde qu'eux-deux. Pour lui, la vie d'un mineur ne concerne que ses parents. C'est assez drôle et un peu théatral (défaut du cinéma français selon Emmanuel Leclercq : les dialogues ne sont pas assez soignés et ne font pas avancer l'intrigue).

Apparté : je trouve que le juge a un côté bonhomme et vieille France qui n'est pas sans me rappeler Pépé. Avec une trentaine d'années de plus, mon homme sera un parfait vieux réac sympathique ! Ce sera parfait pour traquer les contribuables voyoux, si le service public et les impôts existent toujours.


- Monsieux Verdoux de Charlie Chaplin en 1947, avec Charlie Chaplin, Martha Raye, Maddy Correll ...

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Selon notre prof, Chaplin est le plus grand cinéaste de tous les temps car il a crée un type universel. Et c'est le seul. Monsieur Verdoux est un de ses chefs d'oeuvres, il y ridiculise les victimes de Landru. Ce fait divers a été repris par Claude Chabrol en 1962 avec Michèle Morgan et Danielle Darrieux.

L'affaire : Landru assassine 10 femmes et un jeune garçon, avant de faire disparaitre les corps en les brulant. Il nie les assassinat mais assume l'escroquerie et toent tête à ses juges. Henri Désiré Landru est considéré comme le premier tueur en série français, il est guillotiné en 1922.

Ce fait divers a été revisité par l'humour dans une mise en scène techniquement simple qui caractérise Chaplin : la recherche de l'esthétisme ne caractérise pas un bon metteur en scène comme on le croit aujourd'hui, selon Emmanuel Leclercq.  Pour lui, un bonne mise en scène consite à l'addition de petits plus mentaux qui font apparaitre la psychologie des personnages. Et après mon expérience malheureuse avec Avatar  je partage totalement son avis (Avatar : tant de technologie pour si peu d'intelligence et d'imagination ! ).

L'extrait montre Monsieux Verdoux en train de se foutre d'une de ses futures victimes. La scène et hilarante.


- Retour sur l'affaire des soeurs Papin.

En quête des soeurs Papin réalisé en 2000 par Claude Ventura. Ce documentaire reprend les détails de l'enquête des soeurs Papin et recherche ce qu'est devenue Léa Papin après sa sortie de prison en 1943.

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Il s'agit d'une mise en scène un peu raccoleuse mais il y a un vrai travail d'historien derrière.

L'extrait correspond au dernier quart d'heure du document : à Nantes, l'enquêtrice retrouve la trace de Léa Papin, qui a vécu là, sous son vrai nom, jusqu'à sa mort en 2001. Il s'agit d'une vieille dame appréciée de ses voisins. Elle est à l'hopital après une attaque qui l'a paralysée (Christine Papin est morte dans un hopital psy quelques années après le drame).

On voit que ce n'est pas un monstre, ce qui renforce la théorie psychanalitique de Lacan : paranoïa à deux avec nuances, avec la prise en compte de l'enfance des deux soeurs et de leur relation fusionnelle.

Après Les Bonnes de Jean Genet (pièce de théâtre) et Les Abysses de Niko Papatakis, et outre ce documentaire, 4 films ont été tournés sur cette affaire :

The Maids, film anglais inédit en France, de Christopher Miles réalisé en 1974 avec Glenda Jackson et Susannah York. C'est une adaptation des Bonnes de Jean Genet qui reprend le thème de l'inversion des rôles. Dans l'extrait, la soeur ainée se déguise en Madame tandis que la petite soeur conserve son rôle de domestique. Ce n'était pas sous titré mais la scène est troublante. L'insceste moral et la relation dominante-dominée y sont évidentes.

Un autre film anglais a été réalisé en 1995. Lui aussi erst inédit en France et Emmanuel Leclercq ne peut en parler puisqu'il n'en connait rien.

Les blessures assassines de Jean-Pierre Denis en 2000, avec Sylvie Testud, Julie-Marie Parmentier, Isabelle Renauld ...

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Il s'agit d'une retranscription litterale des faits, ce qui nuit à la compréhension du fait divers. D'autant plus que la litterrature montrait que c'était beaucoup plus complexe qu'un simple meurtre.

L'extrait montre l'assassinat. Plein de sang, un regard hagard, et finalement c'est beaucoup moins effrayant que les dernières images des Abysses où le meurtre était juste suggéré. Bref, un manque de finesse.


La Cérémonie de Claude Chabrol en 1995, avec Sandrine Bonnaire, Isabelle Huppert, Jean-Pierre Cassel, Jacqueline Bisset, Virgine Ledoyen ...

Claude Chabrol appartient à la Novelle Vague, Rive droite (par opposition à la Rive gauche de Resnais ou Varda). Il a réalisé Le Beau Serge en 1958, un très bon film, avant d'entamer une carrière variable : des bons films ( Landru en 1963 et les films pompidoliens avec Stephane Audran, sa femme : Le boucher, Que la bête meure, La femme infidèle) et des moins bons, notamment dans les années 60. Il faut bien manger !

En 1995, personne n'attendait de chef d'oeuvre de sa part, et il réalise son meilleur film : La Cérémonie, inspiré du roman de Ruth Randell. Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire obtiennent collectivement le prix d'interprétation féminine à Venise.

Elles n'interprètent pas des soeurs, mais des amies. L'une est domestique chez des bourgeois (Sandrine Bonnaire) et l'autre employée à la Poste du village (Isabelle Huppert). L'extrait montre la révélation des secrets qui scèle leur amitié et les lie à la vie à la mort.

Comme Colette Régis dans Les Abysses, Jacqueline Bisset interprète Madame au premier degré et est excellente dans le rôle.


La cérémonie


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de Claude CHABROL
France/ 1995 / 111’ / couleurs
Avec Sandrine Bonnaire, Isabelle Huppert, Jacqueline Bisset

 

Le Méliès a dit :



La version Chabrol des soeurs Papin, l'inscrivant dans une description de la bourgeoisie provinciale chère à son auteur.

Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert composent ici un couple phénoménal de meurtrières.

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Que dire de plus ?


On retrouve un peu les mêmes "couples" que dans Les Abyssses, daté dans années 90 et de l'ère de la télévision : Monsieur et Madame sont une famille d'industriels mécènes provinciaux, les bonnes sont une domestique et une employée révoltée, Mademoiselle est une jeune étudiante et il y a même un ado gâté et inconscient du monde qui l'entoure.

Le passé de Sophie (Sandrine Bonnaire) et de la postière (Isabelle Huppert), et leur condition expliquent leur amitié et encore une fois, entre paternalisme, manque d'empathie et incompréhension, les dominants poussent les dominées au passage à l'acte.

Les acteurs sont tous très bons dans leurs rôles  (Une bonne pas si niaise qu'il n'y parait, une postière révoltée et déjantée, une bourgeoise qui se la joue parisienne amatrice d'art dans un bled de province, un industriel un peu borné qui a lui-aussi ses secrets, une jeune fille qui se veut progressiste mais qui est rattrapée par son milieu et un gosse de riche complètement débile, dans une famille recomposée). On sent la tension qui monte dans le huis clot, jusqu'au drame. La mise en scène est remarquable et retranscrit une ambiance juste, c'est comme si on y était.

Bref, encore une fois un très très bon film. En février, on aura un cycle sur le western : western américain, puis western européen.


PS pour le coach qui m'a rejoint pour le film : en fait de Chabrol, je n'ai vu que La fille coupée en deux, avec Ludivine Sagnier, François Berléand et Benoit Magimel, en 2007. Encore une histoire de petite bougeoisie industrialo-médiatique de province. C'était un bon film.

Publié dans Ciné

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