The American, d'Anton Corbjin

Publié le par La fée Paradis

 

The-American.jpg

 

A very private gentleman

Angleterre / 2010 / 1h43 / couleur

Avec George Clooney, Thekla Reuten, Violante Placido, ...

 

 

Télérama a dit (frimousse qui sourit mais ne rit pas aux éclats)

 

 

De George Clooney, qu'on avait pris l'habitude, ces dernières années, de voir vendre du café et d'imiter - plutôt bien - Cary Grant, le photographe cinéaste Anton Corbijn fait une sorte d'épure. Un corps noueux, tendu à l'extrême. Une belle et puissante mécanique... Lui-même change totalement de style : son premier long métrage, Control, évocation de la courte vie d'Ian Curtis, leader du groupe Joy Division, était une méditation sophistiquée, en noir et blanc - un camaïeu de gris, plutôt - dont la rigueur géométrique, opposée à la mouvance du héros, créait une sourde et permanente angoisse.

 

On ne sait trop ce que vaut le roman (A ­very private gentleman, de Martin Booth) qui a inspiré le cinéaste pour ce film, sinon qu'il semble jouer sur le déjà-vu. Tueur en bout de course, traîtres chargés de l'abattre, prostituée soudain amoureuse : tout y est ! C'est, d'ailleurs, ce qui a dû amuser Anton Corbijn : s'approprier ces clichés pour les détourner légèrement. Dans des mélos comme Bobby Deerfield ou L'Ombre d'un soupçon, Sydney Pollack ­faisait ça très bien : retrouver le lyrisme du suranné, au moyen de la cinéphilie. Dans The American, le dénouement rappelle Quand la ville dort, de John Huston. La commanditaire, tantôt blonde, tantôt brune, tantôt rousse (sensualité + danger) ne déparerait pas un vieux film de Robert Aldrich. Et le très improbable curé italien qui confesse ses fautes passées à un type qu'il soupçonne d'avoir quelques péchés sur la conscience semble sorti d'un mélo de Douglas Sirk, années 1950.

 

C'est dire que les péripéties, ici, importent moins que ce qu'elles cachent. Anton ­Corbijn filme longuement, avec précision, les moments où le héros monte et démonte objets et sentiments. Une arme. Ou un amour. Les scènes sexuelles sont, d'ailleurs, aussi pointillistes (et troublantes) que les scènes d'action : George Clooney s'y adonne avec une méticulosité de pro. Jusqu'à ce qu'une faille s'infiltre en lui, bien sûr, au point de le faire dérailler... Le film repose, donc, sur un dispositif séduisant : un cinéaste et son personnage ­faisant chacun leur cinéma, l'un observant l'autre en train de mettre en scène sa vie. Et sa mort...

 

Pierre Murat

 

 

The-American-6.jpg

 

 

 

Que dire de plus ?

 

 

Ce n'est pas le film que je souhaitais voir à tout prix pendant les vacances, mais il me restait deux places CE de CGR valables jusqu'au 30 octobre et comme le hasard fait bien les choses, il y avait un Mega CGR à proximité. J'ai d'ailleurs pu constater la ressemblance, au poil de cul près (comprennez caisses automatiques ou non, jeux vidéos, distributeur de glucides et d'acides trans hydrogénés, présentation des affiches  ...), entre le Méga CGR de Pau et celui de Bruay-La-Buissière. Comme, et c'est bien connu, les enjeux d'aménagement, de développement et de qualité paysagère de l'agglomération paloise sont les mêmes que ceux du bassin minier dans le Pas-de-Calais, tout va bien. On est rassuré.

Dormez sur vos deux oreilles : il reste un public pour le cinéma de merde et des consommateurs de sneackers. Et il reste des constructeurs de multiplexes standardisés dans des zones d'activités industrielles et commerciales énergivores dédiées à la bagnole et à la consommation de masse de produits de mauvaise qualité fabriqués dans les pays du sud ou cultivés sous serre à grand renfort de pesticides et de fertilisants. Ouf, la vision du monde développée il y a peu ici (Un monde pour soi : une autre campagne est possible ) ou là (Solutions Locales pour un Désordre Global ) relève encore de l'utopie. On est encore plus rassuré.

 

Mais revenons au film.

 

The-American-3.jpg

 

On l'a choisi 1) pour George Clooney qui a réussit à plaire aux femmes (nous rêvons toutes de nous faire offrir un café) sans déplaire aux hommes (phénomène d'identification), 2) la bonne critique dans Télérama et 3) parce que c'était le film qui nous semblait le moins pire ce jour-là dans notre multiplexe. D'ailleurs, signe de notre bon choix, les spectateurs assis dans la salle se comptaient sur les doigts de la main alors que le hall d'entrée était bondé. Trop art et essai sans doute.

 

Tout ça pour dire que c'était un bon film : personnages plutôt complexes interprétés par de bons acteurs, scénario fin pas complètement cousu de fil blanc, mise en scène alternant les gros plans sur les personnages ou leurs actions et les vues plus globales de paysages magnifiques, bande son très prenante, actions à vitesse humaine et pas de happy end. On aurait pu assister à un enchaînement de clichés type roman de gare ou mauvaise BD (je ne dis pas que je n'aime pas ce genre d'ailleurs), mais le réalisateur va au delà.

 

The American 1

 

 The-American-5.jpg

 

 En plus, l'essentiel de l'intrigue se déroule en Italie, dans un village et une ville de taille moyenne (Alpes ou Italie du Sud). Et comme d'habitude, on est sous le charme de nos souvenirs de vacances. Et j'aime bien l'image de l'américain cynique qui tombe sous le charme de notre vieille europe rurale.

 

The-American-2.jpg

 

 The-American-4.jpg

 

Conclusion : même si on a pas eu de VO, ce fut un bon moment de cinéma dans un lieu inattendu.

 

Ma note : 3,5/5

Publié dans Ciné

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
<br /> <br /> Torse nu entrain de faire des pompes!? O_O<br /> <br /> <br /> VENDU! J'y cours! ^^<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
V
<br /> <br /> Content que ça t'ait plu. Je pense que ma chère compagne réussira à me convaincre d'y aller. Et puis les critiques ont l'air bonnes, surtout celles provenant des membres du Palmarès (finalement,<br /> ce sont les seules que je lis...).<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> J'espère que je t'ai convaincu d'ammener ta compagne voir ce film alors, elle le mérite !<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> <br /> Ah George! Même si je n'aime pas le café, avec lui j'en boirai des litres ^^<br /> <br /> <br /> J'ai bien entendu remarqué la sortie en salle de ce film (George hein...) mais je n'ai pas vu la bande annonce et je vais attendre sa sortie en DVD. Sans vraiment savoir pourquoi, il ne me tente<br /> pas plus que ça (le film hein...).<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> George est unique, et il faut le voir en train de faire des pompes torse nu dans le film !<br /> <br /> <br /> <br />