Solutions Locales pour un Désordre Global

Publié le par La fée Paradis

 

 

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de Coline Serreau

France / 2010 / 118’ / couleur

Avec la participation de Philippe Desbrosses, Claude Bourguignon, Ana Primavisi et Serge Latouche

 

 

Le Méliès a dit

 

 

Au fil des ans, film après film, Coline Serreau est peut-être devenue l'Agnès Varda de sa génération : passant avec aisance du film féministe (Mais qu'est-ce qu'elles veulent, 1977) au divertissement populaire (Trois Hommes et un couffin, 1985), refusant tout sectarisme, elle revient aujourd'hui avec un documentaire militant roboratif, dont l'originalité est de dépasser les constats amers de ses prédécesseurs pour nous dire qu'il existe des solutions : « Les films d'alertes et catastrophistes ont été tournés, ils ont eu leur utilité, maintenant il faut montrer qu'il existe des solutions, faire entendre les réflexions des paysans, des philosophes et économistes qui, tout en expliquant pourquoi notre modèle de société s'est embourbé dans la crise écologique, financière et politique que nous connaissons, inventent et expérimentent des alternatives. »

 

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Que dire de plus ?

 

Il était temps d'aller voir ce documentaire militant. Je ne connaissais pas la réalisatrice et, pour moi, ça a fait écho à l'excellent We Feet the World de Erwing Wagenhofer (le même réalisateur que le non moins excellent  Let's make money ). C'est important, de temps en temps, de se rappeler que notre monde industriel et capitaliste marche sur la tête et qu'un autre monde est possible. Si, si, c'est possible.

 

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Des agronomes, des physiciens, des économistes, des microbiologistes et des agriculteurs nous expliquent la génèse de l'agricuture productiviste (le recyclage des tanks et de l'agent orange après la seconde guerre mondiale et l'utilisation des énergies fossiles sur lesquelles s'appuie tout le système pour résumer) et la manière dont on se fait entuber par les multinationales qui ont l'exclusivité des semances.

Les semances (le vivant, donc) sont brevetées et revendues sous forme hybride et génétiquement modifiée aux agriculteurs. Ces derniers sont complètement dépendants des fournisseurs (avec la bénédiction des Etats of course) et nous, consommateurs et surtout êtres humains, sommes prisonniers des 50 variétés de fruits et légumes monodialisés auquels on a encore accès.

 Où sont passées les milliers de variétés de pommes, d'aubergines, de maïs, de pommes de terre ou de tomates adaptées à chaque territoire ? Ben les semances ont disparues, ceux qui tentent de les recréer sont condamnés à des amendes (association kokopelli et Phillipe Desbrosses par exemple) et nous on mange des golden (la seule variété de pommes qui nécessite 5 traitements pesticides, la plus fragile, mais ce sont les mêmes qui vendent les graines, les pesticides, et les médicaments pour soigner les gens malades, cqfd).

 

 

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Et pendant ce temps là dans la Bauce, on a détruits les sols à coups de labours trop profonds, de saccage de la faune et de la flore et de remembrements. Non seulement il sont devenus impropres à toute culture non fertilisés tellement ils sont abimés, mais en plus ils sont tellement compacts qu'ils ne permettent plus l'infiltration des eaux de pluies ... Ah ouais ? C'est peut-être pour ça qu'il y a des morts dès qu'il pleut.

Mais personne n'est en mesure d'analyser ces phénomènes : la discipline scientifique de microbiologie des sols n'est plus enseignée nulle part depuis le milieu des années 80 et on considère le sol comme une organisme chimique et non comme un organisme vivant. Erreur fatale et machine infernale.

 

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Ce mode de production est catastrophique partout dans le monde et a de graves conséquences sanitaires et sociales, mais j'espère que ça c'est de l'enfonçage de portes ouvertes pour tout le monde.

 

 

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Heureusement, ce documentaire nous amène en Inde, en Ukraine, au Burkina Faso, au Brésil ou en France pour nous montrer que tout n'est pas perdu. Le mouvement des sans terres au Brésil, un ancien kolkhose ukrainien pionnier de l'agriculture biologique, l'université des grands-mères en Inde pour ne pas perdre leurs savoirs concernant les propriétés des plantes, une AMAP en île de France, le travail sur la reconquête de la diversité des semances et des modes de cultures biologiques adaptés aux spécificités locales en Inde, au Burkina ou au Brésil (association Terre et Humanisme à laquelle je suis fière de donner quelques centimes à chaque fois que j'utilise ma Carte Agir), ...

 

 

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Mais on a surtout une arme de destruction massive que l'on n'utilise pas asssez pour dire qu'on en a marre d'être pris pour des cons : le boycott. C'est la solution ultime parallèlement à la recqonquête de l'indépendance alimentaire (autoproduction à la campagne et AMAP dans les villes).

 

Vous l'aurez compris, ce documentaire prêche une convaincue et j'étais au taquet. J'avoue qu'il est moins bon que ceux d'Erwing Wagenhofer. Il ne laisse pas de place aux parties adverses (j'imagine qu'il n'y a pas que des gros cons insensibles et génocidaires dans l'industrie agroalimentaire, au Ministère de l'Agriculture et dans les labos de recherche) et le propos est parfois brouillon. Je ne suis pas sûre que quelqu'un qui n'ait pas été sensibilisé au sujet auparavant puisse rentrer dedans facilement (j'espère qu'il ne reste plus grand monde mais on ne sait jamais).

Et un autre bémol : le lien productivisme et rentabilité = masculin / défense des semences, de la terre et des piliers de la civillisation = féminin (je simplifie hein, c'était exprimé de manière plus fine), même s'il me satisfait, aurait mérité une approche plus scientifique étayée par des propos de sociologues, d'ethnologues ou de psychologues.  

 

Mais il faut regarder ce film pour ce qu'il est : un documentaire militant, un coup de gueule qui fait du bien. Et qui me conforte dans mes choix de consommation (boycott des supermarchés,  engagement dans mon AMAP et carte agir au crédit coopératif) (et non, il n'y a pas que des bobo et des fainéants de fonctionnaires dans les AMAP, il y a des gens qui veulent avoir le choix).

 

Je ne pense pas qu'on puisse réellement parler de cinéma, ni que ce soit le documentaire le plus réussi sur le sujet. Je lui mets quand même une bonne note parce que j'aimerais que tout le monde aille le voir et qu'on organise un grand boycott de la société du plastoc.

 

 

 Ma note : 4/5

 

 

Le site du film : link


Publié dans Ciné

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Nelfe 15/08/2010 15:56



Oui c'est bien. Perso, j'aime beaucoup de film. C'est une comédie, avec une famille qui pète les plombs et d'un gars qui va voir son univers s'écrouler. C'est avec Vincent Lindon. Il lui arrive
vraiment des trucs pas croyables. C'est pas le film du siècle mais c'est une bonne comédie qui détend.


 


C'est aussi Coline Serreau qui a fait "3 hommes et 1 couffin".



La fée Paradis 15/08/2010 17:19



Je ne l'ai pas vu non plus, il va falloir que je me rattrape. Elle a vraiment essayé pleins de registres !



Nelfe 14/08/2010 15:08



On avait envie de le voir nous aussi. Tu fais bien de me le rappeler car il m'était sorti de l'esprit.


Quant à Coline Serreau, ne me dis pas que tu n'as pas vu "La crise"!?



La fée Paradis 15/08/2010 15:44



Euh non ....... Je n'ai pas vu La Crise ... Mais je vais voir s'ils ont le DVD à la médiathèque. C'est bien ?


Quant à celui-ci, allez le voir si vous avez l'occasion, il frappe fort, et on en ressort avec des envies de révolution.



Vance 02/08/2010 11:25



Tu n'es pas la seule à avoir été sensible au propos puisqu'un membre du Palmarès lui a déjà mis 5/5. En tous cas, je note et je prends ton lien. Merci.



La fée Paradis 02/08/2010 17:35



J'espère qu'il va cartonner en tête du palmarès du mois d'août alors ! Merci pour le lien.