Rural ! Chronique d'une collision politique, d'Etienne Davodeau

Publié le par La fée Paradis

Rural--.jpg

 

 

La visite de la laiterie-fromagerie en conversion de l'agriculture conventionnelle vers l'agriculture biologique (Béarn des Gaves : un week-end, deux ambiances ) il y a une dizaine de jours m'a donné envie de relire cette BD reportage d'Etienne Davodeau, mention spéciale du jury du prix Alph-Art du meilleur scénario (attriué à Persépolis de Majanne Satrapi cette année là, la concurrence était rude) et Prix Tournesol à Angoulême en 2002.

 

L'auteur a passé un an à observer le travail des trois associés d'un GAEC (Groupement Agricole d'Exploitation en Commun) laitier du Maine-et-Loire, le GAEC du Kozon, converti en bio depuis le milieu des années 90, militants à la Conf' (Confédération Paysanne pour les intimes) et engagés contre la réalisation de l'autoroute A87 qui traverse leur village, Chanzeaux, dans les coteaux du Layon (terroir d'un délicieux vin blanc).

 

 Rural ! 2

 

 

On suit les travaux agricoles (pâturage, semis, récolte des céréales, ensilage, vêlage, traite des vaches ...) durant un an, et on s'apperçoit que cette petite exploitation, au début des années 2000 (avant la crise du lait que nous connaissons aujourd'hui, donc) tournait plutôt bien : les trois associés se payaient, remboursaient leurs crédits, investissaient, prennaient leurs week-end et même des vacances. Pourtant, ils produisaient moins de litres de lait que les conventionnels et leur exploitation était plus petite. Le miracle de l'autosuffisance alimentaire des vaches comme on l'a vu, en Inde, dans Solutions Locales pour un Désordre Global ?

 

Ils avaient plus de vaches que dans l'exploitation que j'ai visité, ils ne transformaient pas sur place (fromage blanc, yaourts, faisselle, fromages frais, fromages affinés ou encore confiture de lait), ne s'inséraient pas dans les circuits courts de distribution (AMAP, marché, paniers fermiers ...) et ne pratiquaient pas la vente directe. Par manque de réseau et de soutiens locaux ? Ils ont peut-être évolué vers ce type de pratique, en 10 ans.

 

Ce reportage soulève aussi la question des conflits d'usages de l'espace. Pour satisfaire à de puissants intérêts privés (grands domaines viticoles, Hervé de Charette ...) et contre toute logique géographique et financière, le village et l'exploitation sont traversés par la A87 (maitrise d'ouvrage ASF) dont les travaux sont en cours. Dans le remembrement qui en découle, le GAEC va perdre plusieurs hectares convertis et récpérer des hectares à convertir, soit du boulot à recommencer et des pertes financières.

 

Plus grave encore, le tracé de l'autoroute passe sur la propriété d'un couple ayant passé une dizaine d'années à réhabiliter un ancien corps de ferme. Ils ont milité au sein d'une association n'ayant, bien sûr, pas eu gain de cause et sont brisés par la destruction de leur maison et le déménagement.

 

Le lecteur assiste à l'opposition entre deux visions de l'espace, le parti pris de l'auteur est clairement affiché et il est difficile, au vu des arguments avancés, de ne pas être d'accord avec lui, tant la situation est clivante.

"D'un côté s'invente une nuvelle approche de l'environnement, respectueuse, légère et durable. De l'autre, une infrastructure lourde et polluante qui s'impose en force au nom de la rentabilité à court terme. L'inconvénient de ce genre de barrière, c'est qu'il faut forcément se situer d'un côté ou de l'autre. S'assoir dessus, c'est se piquer le cul".

 

 

Publié dans BD

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article