Rien à déclarer, de Dany Boon

Publié le par La fée Paradis

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Télérama a dit

 

Pour

Sur l'échelle du Gérard-Oury, mètre-étalon du rire français établi dans la seconde partie du XXe siècle, où se situe Dany Boon ? Quantitativement au sommet depuis que Bienvenue chez les Ch'tis (2008) a triomphé de La Grande Vadrouille (1966) : vingt millions de spectateurs, contre « seulement » dix-sept. Mais en termes de qualité ? La question vaut d'être posée, car l'inspiration des deux cinéastes est proche : un comique gentil, évitant satire ou parodie trop mordantes (pas une once d'esprit Bronzés). Une morale à chaque histoire, appelant à la tolérance et à la fraternité. Et l'affirmation d'une « identité nationale » (aïe, le mot piège...) : induite chez Oury, qui tournait dans la France des Trente Glorieuses ; plus appuyée, mais partiellement fantasmée, chez Dany Boon, champion du service public (hier La Poste, aujourd'hui la Douane), ici héros cocorico qui s'attribue comme adversaire un improbable personnage d'anti-Français...

 

Car Rien à déclarer, situé l'année où France et Belgique abolissaient les contrôles frontaliers, oppose un douanier français doux comme une bonne baguette (Dany Boon) à son homologue belge, irascible et francophobe (Benoît Poelvoorde). On notera l'astuce qui consiste à faire endosser le rejet de l'Europe et la xénophobie à l'étranger - des défauts qu'on ne saurait imputer à un seul de nos concitoyens... L'intrigue s'enrichit de la collaboration forcée des deux adversaires, d'une amourette fratricide (pas très convaincante), et d'un trafic de drogue autorisant une ou deux scènes d'action.

C'est la limite de l'histoire : au lieu d'être resserrée sur la mécanique vaudevillesque (jolie scène où Boon doit feindre d'être belge), elle s'éparpille. Mais le film triomphe sur les bas-côtés du chemin de douane : une flopée de personnages secondaires savoureux peuplent la ville-frontière, parfois saisie comme une bourgade de western. Intervient ici un axiome critique totalement arbitraire : un film où figurent conjointement les Belges François Damiens et Bouli Lanners ne peut pas être mauvais. Le premier (illustre créateur du personnage cathodique de François l'embrouille) joue un tenancier de bar irrésistiblement stupide. Le second (cinéaste et acteur, vu dans Louise-Michel) incarne un fonctionnaire belge, et ses démêlés avec un téléphone portable première génération sont mémorables. Bien qu'il soit à la fois auteur et tête d'affiche, Dany Boon est un comique partageur. Au cours du Gérard-Oury ? En légère hausse.

Aurélien Ferenczi

 

Contre

Aucun acharnement : les deux premiers films du comique ch'ti (La Maison du bonheur et Bienvenue chez qui vous savez) nous avaient plutôt fait sourire par leur ­côté ­populaire dépourvu de populisme. N'importe quel habitant de Paca pouvait se ­reconnaître dans le personnage de Kad Merad, terrorisé à l'idée d'être muté dans le « Nooooord ». Cette fois, un personnage aussi odieusement xénophobe que le douanier Poelvoorde n'offre aucune possibilité d'identification. On est dans la caricature grossière. Et l'humour beauf, ultra beauf. La scène où un dealer débile s'enfonce dans les fesses des ­sachets de drogue, avec force grimaces, donne le ton. Quant à la morale pour enfants de 5 ans (« L'amour, tu vois, il s'arrête pas aux frontières »), pitié ! Rien à déclarer opère un double retour en arrière : dans une France franchouillarde, repliée sur elle-même, et dans le cinéma vieillot façon Gendarme de Saint-Tropez. On n'a de nostalgie ni pour l'une ni pour l'autre.

Jérémie Couston





Que dire de plus ?



Avant toute polémique, je préciserai simplement que pour une fois, à l'occasion de cette diffusion, la grande salle du Saint-Louis était chauffée, qu'il y avait plus de 10 spectateurs et que la nana qui vendait les places et le pop corn était souriante. Oui, Monsieur !

Pour en revenir au film, par tradition familiale, il est impensable que je rate un film de Dany Boon, j'ai d'ailleurs vu plusieurs fois Bienvenue chez les Ch'tis qui m'avait plu. Comme je l'ai entendu à plusieurs reprise dans la salle, Rien à Déclarer est "moins bien que les ch'tis". Après, la critique de Télérama soulève l'éternel tiraillement du cinéphile amateur qui essaye d'analyser sa pratique, entre pseudo élitisme et pseudo populisme.

Ce n'est pas moi qui vait trancher pour ce film là. Je l'ai parfois trouvé lourd et parfois très drôle.

 

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 Chaque personnage ressemble à la caricature de l'acteur qui l'interprète : si on aime cette image, on aimera les scènes où il intervient. Poolvorde, en fracophobe pathologique à la gachette facile est agaçant et drôle comme à son habitude ; Dany Boon s'est encore une fois donné le beau rôle, simple et attachant ; Bruno Lochet est Bruno Lochet et Bouli Lanners un bon nounours. L'ordre des choses n'est pas bouleversé.

 

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Les gags, les quiproquos et les situations sont souvent prévisibles et souvent drôles et le scénario, s'il ne réinvente pas l'eau chaude, se tient autour de plusieurs intrigues. Ce sont les personnages secondaires qui les animent.

 

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C'est encore une fois, après la Poste, un film sur la déshérance des services publics régaliens dans les petits bourgs. Que les changements soient bons ou mauvais, là n'est pas la question. Le film montre simplement la difficultés des gens, peu préparés et mal accompagnés, pour les apréhender et les vivre.

 

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Ce n'est pas un film art et essai, mais c'est loin d'être une daube ennuyeuse. J'ai passé un bon moment et je me dis que si ces films qui finissement bien, simples et généreux, sans cynisme et sans second degré ont un tel succès, c'est que les spectateurs se reconnaissent dans cette difficulté à vivre des changements complexes qu'ils ne comprennent pas.

 

Et tout ça m'a donné envie de faire un tour au bistrot pour ne pas affronter seule la mondialisation financière néolibérale et la course aux performances induite !

 

Ma note : 3,5/5

Publié dans Ciné

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Commenter cet article

Nelfe 11/02/2011 10:25



Tout à fait! Mr K va bien voir des blockbusters américains avec des nanas à gros nichons qui se font trucider par des piranhas féroces! ;)



Nelfe 09/02/2011 23:06



Oula! Noooon! Pas possible!?


Bon, je le dis tout de suite, je n'ai pas vu ce film et je ne compte pas le voir. J'ai une bonne raison à ça. Déjà "Bienvenue chez les chti" je l'ai vu quand il est passé à la TV quand il est
passé et j'ai failli me suicider tout de suite après en réalisant que c'étant ça que les français plébiscitaient dans le ciné... Vraiment, ça me fait flipper.


Arg Fée Paradis, je crois que je vais pas m'en remettre! O_o



La fée Paradis 11/02/2011 09:42



Merci pour ton estime culturelle ;) Mais on a tous nos petites contradictions : moi j'aime bien Dany Bonn !


Sinon, on va voir le Discours d'un roi ce soir !