Le Western (1) / La flèche brisée (1950)

Publié le par La fée Paradis


Le western - seul cas de figure dans l'histoire du cinéma - a en quelque sorte recréé à rebours une mémoire défaillante, celle de la conquête de l'Ouest. Le western américain connut son apogée dans les années 1950, avant de faire place vers 1964 à sa variante italienne, empreinte de sadisme : ce sont ces deux aspects du genre que le cours de février illustrera.



Ce que j'ai retenu du cours



Je suis encore arivée en retard au cours pour cause d'AMAP. Mais ce sera comme ça tant qu'ils auront lieu le jeudi. Heureusement, je suis arrivée à temps pour voir le SEUL extrait avec Georges Abidbol John Wayne qui était pour moi l'homme le plus classe du monde l'acteur texan principal de l'âge d'or du western ! (voir La classe américaine pour ceux qui ne connaitraient pas encore le grand détournement et n'auraient pas compris mes blagues)

Mais encore une fois, ce cours était passionnant et le diner préparé par le Caméléon délicieux (couscous au poulet et flan à la noix de coco).


Le thème était le western américain. La problématique illustrée par Emmanuel Leclercq est la suivante : ce sont les western qui dépassent les clichés et conventions du "genre" qui sont les mieux. Ce sont même des grands films et non des films de genre, comme on le dit communément. D'ailleur, John Ford peut être considéré comme le plus grand cinéaste américain, tous genres confondus.


Le western se caractérise par plusieurs éléments:
- la conquête d'un territoire vierge par la civilisation
- la construction d'une nation qui n'existait pas jusque là
- la confrontation de l'homme et d'une nature hostile
- la construction d'une mémoire collective qui n'existe pas ( peu de traces écrites et de sources historiques de la conquête de l'ouest américain, moins que pour la colonisation en Afrique par exemple)

Le cinéma est né aux alentours de 1895 et le premier film de fiction a été tourné en France en 1897. Aux Etaus-Unis, le premier film de fiction date de 1903 (le Vol du Grand Rapide, réalisé par Edwin S. Porter) et Hoywood est né entre 1915 et 1916. Dans ce contexte, le western a connu différents âges d'or :

  1) Le "genre" s'est développé après la naissance d'Hollywood et a connu un premier âge d'or dans les années 1920. Les plus grands réalisateurs américains de l'époque sy sont collés (GeorgesCukor, Howard Hawks, Cecil B. DeMille et John Ford, le plus grand réalisateur de western et le plus grand réalisateur américain). Durant cette période, le western reproduit tous les clichés qui lui sont prêtés: les indiens sont mauvais et les blancs sont dans leurs droits dans la conquête violente de l'ouest. Il y a peu de prise de distance par rapport aux actions présentées dans les films et le thème se banalise.

Extrait : Le Cheval de Fer, de John Ford en 1924, avec George O'Brien, Madge Bellamy, Charles Edward Bull ... 

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Il s'agit du premier film où le style du western est achevé. Ce film traite de la construction de la ligne de chemin de fer reliant l'est à l'ouest des Etats-Unis. On retrouve l'idée épique de la construction d'une nation.

La musique a été ajoutée par la suite. Le cinéma a été muet jusqu'en 1927 et lors de sa sortie, comme dans tous les films de cinéma muet, un pianiste improvisait un accompagnement musical ans la salle (le ciné-concert va à l'encontre de l'esprit d'improvisation du cinéma muet).

Dans ce film, les hommes semblent naïfs et primitifs, voire idiots. Ford ne voulait pas se moquer d'eux mais transcrire l'esprit de l'époque (esprit proche des films soviétiques des années 20).

2) Dans les années 1930, on assiste au déclin du western avec le développement du cinéma de vedettes et du dialogue. Peu de westerns sont tournés à cette époque.

3) A partir de 1937, 1938, le western s'intègre dans le cinéma parlant et est pris au serieux,au même titre que les autres "genres", à partir de la sortie de Pacific Express de Cecil B. DeMill en 1938.

Extrait : La Chevauchée Fantastique, de John Ford en 1939 avec Georges Abidbol John Wayne, Claire Trevor, Thomas Mitchell ...
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Ce film, jamais égalé, dépasse les clichés habituels. C'est l'adaptation voilée de Boule de Suif de Maupassant, avec le premier grand rôle de John Wayne. On suit le voyage en dilligence d'un point à un autre : les voyageurs sont obligés de se supporter durant un long voyage. Il n'y a pas vraiment de conflits entre eux, ils ne peuvent pas se le permettre sous peine de pourrir vraiment l'ambiance du voyage.

Les voyageurs sont caractérisés au fur et à mesure, de manière à représenter des types universels, un peu comme dans La Grande Illusion, de Jean Renoir, avec Jean Gabin : prostituée ( Boule de Suif), homme d'affaires véreux, femme prude qui a du acoucher dans un relais, hors la loi (John Wayne), ... La tension monte de manière nécessaire mais pas technique.

La scène de l'attaque des indiens qui a été montrée (et qui m'a fait penser à la course poursuite finale dans   Le Bon la Brute et le Cinglé (rappel) ) est, selon le prof, une perfection de mise en scène. Sa longeur lui confère une crédibilité, pas comme dans tous les western. On assiste dans cette scène au dépassement des clichés sociaux et à la fin, on devine l'arrivée de la cavalerie sur le visage de la mère.

Ce microcosme représentatif de la société de l'ouest des Etats-Unis à la fin du 19° qui fait face à un danger commun (les indiens) est une métaphore de la construction des USA.

4)  Après la 2° guerre mondiale le western modifie la perception des indiens. Ces derniers ont eu un comportement exemplaire sur les champs de bataille et ne sont plus des méchants. Même John Ford montre qu'il n'est pas un affreux réactionnaire (La poursuite infernale en 1946,  Le massacre de Fort Apache en 1948 ou Les Cheyennes en 1964). Ces films prennent le contre-pied de l'attitude anti-indiens et on assiste à une prise de conscience.

Extrait : L'étrange incident, de William Wellman, en 1943, avec Henry Fonda, Anthony Quinn Dana Andrews ...

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Henry Fonda est un acteur engagé pour le droits de l'homme. Il s'agit d'un film dur, où trois hommes sont lynchés et pendus par les habitants d'une petite ville pour avoir été suspectés d'un crime qui n'a finalement pas été commis. On voit que la légalité incarnée par le juge de paix jouit d'une faible légitimité auprès des lyncheurs, qui ne sont pourtant pas des abrutis finis.

Ce film s'apparente à une tragédie classique : unité de lieu, de temps et d'action. L'action progresse par le dialogue.

La Flèche brisée (projection qui suivra le cours) s'inscrit dans cette logique de prise de conscience du western après la 2° guerre mondiale.

5)  Les années 1950 marquent un nouvel age d'or du western. C'est la priode de l'apogée du "genre". Mais, pour les réalisateurs, le western n'est qu'un pretexte car toutes les autres préoccupations du moment se greffent sur des hisoires qui se déroulent à l'ouest, et notamment l'amour. Le western devient un genre intellectuel, et fait l'objet d'une reflexion plus adulte.

Dans ce registre, on retrouve John Ford et les films cités plus haut ainsi que Rio Grande (1950) ou Le fils du désert (1948), Howard Hawks, Raoul Walsh (La rivière rouge en 1948 ou Rio Bravo en 1959), mais surtout Anthony Mann, le maitre de la décenie avec La porte du diable en 1950, l'Appat e 1953, Je suis un aventurier en 1954.

Extrait : Le train sifflera trois fois, de Fred Zinnemann en 1952, avec Grace Kelly, Gary Cooper, Thomas Mitchell ...
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Lorsque Gary Cooper se retrouve seul contre tous pour accueillir un bandit assassin à la gare (même sa femme l'a quitté), le réalisateur fait une métaphore du Mc Cartysme : l'homme qui a raison, seul contre tous.

Le réalisateur a aussi tourné Et vint le jour de la vengeance, en 1964, à Pau (quartier du Hédas).

Extrait : Shane (L'homme des vallées perdues) de George Stevens en 1953, avec Alan Ladd, Van Heflin, Jean Arthur ...
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Il s'agit d'un western calme qui montre l'amour réciproque et silencieux d'un homme seul pour la femme de son hôte : cet homme qui vient de nulle part ne peut aimer cette femmeet changer sa vie. C'est un thème qui touche au sublime (et qui me fait penser à Sur la route de Madison et à Francesca et Robert Kincaid, je sais, je suis une midinette).


Extrait : Johnny Guitar, de Nicholas Ray en 1953, avec Joan Crawford, Sterling Hayden, Ward Bond...

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Ce film marque l'introduction du sadisme dans le cinéma américain : haine d'une femme pour une autre puisqu'elle ne peut pas lui avouer son amour.


Extrait : L'homme de l'ouest, d'Anthony Mann en 1958, avec Gary Cooper, Julie London, Lee J. Cobb ...
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On retrouve les constantes d'Anthony Mann : pessimisme et humanisme désabusé avec une grande utilisation des détails et du paysage.


Le temps imparti n'a pas suffit à montrer l'ensemble des extraits prévus : la suite lors du cours qui sera consacré au western européen.


La Flèche Brisée illustre le changement d'attitude des américains par rapport aux indiens. Il s'agit d'une césure dans l'histoire du western, en 1950.




La flèche brisée


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De Delmer Daves
THE BROKEN ARROW
Etats-Unis / 1950 / 93' / couleur / vostf
Avec James Stewart, Will Geer, Jeff Chandler, Debra Paget




Le Méliès a dit



Les Indiens d'Amérique se conduisirent en héros durant la Seconde Guerre Mondiale : ce n'est qu'alors qu'Hollywood changea d'attitude à leur égard, et La Flèche Brisée fut un peu le coup d'envoi de ce nouveau regard.

C'est un western admirable, où le blanc James Stewart a la tentation de basculer dans l'autre camp après l'assassinat par les siens de sa jeune épouse apache.


Que dire de plus ?


Un très beau western où on découvre pas mal de sources d'inspiration du navet Avatar. A l'époque de la conquête de l'ouest, un homme courageux, honnête et bon entre en contact avec les Apaches et devient l'un des facteurs de la paix et de l'arrêt du génocide et des bains de sang. Car il découvre que les indiens sont aussi des hommes. Il tombe amoureux d'une jeune squaw et décide de vivre avec elle et les indiens, quitte à rompre les liens avec les siens. ça ne vous rappelle rien ? Mais à cette époque les hommes étaient plus malins puisque les deux communautés réussissent à faire la paix ...


C'est aussi une très belle histoire d'amour fou et pur entre le héros et la jeune indienne. Finalement, heureusement qu'elle meurt et qu'ils ne seront jamais confronté au quotidien et aux incompréhensions d'un couple "mixte". Et d'un couple tout court d'ailleurs. L'histoire n'en est que plus belle.

Mais les couples, c'est pas que la routine : j'ai eu droit à ma rose pour la Saint-Valentin ce matin ! Merci Pépé !

Encore une fois, le cours et la projection m'ont ravie, vivement la suite avec la fin du western américain et le western européen, le 25 février prochain.

Publié dans Ciné

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Lepostiersonnetoujours2fois 15/02/2010 09:23


Pardon. Rectificatif: Val d'Azun


La fée Paradis 15/02/2010 09:26



Et malgré le brouillard et le froid, je suis toujours aussi fan de cet espace nordique ! Même si la station a l'air toue petite, il y a près de 100 km de pistes entre le col du Soulor et le col
du Couraduque ... J'espère avoir l'occasion d'y retourner avant la fin de la saison !



O.Besancenot 15/02/2010 08:59


A l'inverse d'Avatar, la vie était bien plus difficile pour les postiers de l'époque !!!


PS: On a loupé la promenade en dameuse au Val d'Aran!!! Voir information régionale FR3 d'hier midi. Bien dommage sous -20°C....


La fée Paradis 15/02/2010 09:03



L'e-mail et le sms n'avaient pas encore été inventés, ni même les PTT.

Que s'est-il passé dans le Val d'Aran ? On s'est coupé du monde hier (et pour info, c'est au Val d'Azun qu'on a faillit faire une balade en dammeuse samedi si ton frein à main n'avait pas
retrouvé vie ).