Le cinéma français de 1935 à 1945 (1) : le réalisme poétique (1935-1939) / La Grande Illusion

Publié le par La fée Paradis

 

Présentation du cycle par le Méliès

 

De 1935 à 1945, le cinéma français a connu une sorte d'âge d'or en deux temps : le réalisme poétique (1935-1939) et le cinéma de l'Occupation (1940-1944). Par le réalisme poétique _ dont Jean Vigo avait été le précurseur _ Carné, Feyder, Gremillon, Duvivier, et surtout Renoir s'inscrivaient enfin dans la réalité de leur temps, celui du Front Populaire et des années du désastre annoncé. L'Occupation_ et l'exils de la plupart des "grands" de la période précédente_ fit place à une relève (Bresson, Clouzot, Autant-Lara, Becker) qui, malgré les circonstances _ ou peut-être grâce à elles _ parvint à insuffler au cinéma français un dynamisme et une vigueur aussi exceptionnels qu'inattendus.

 

Première session : le réalisme poétique (1935-1939) / La Grande Illusion de Jean Renoir (1937)

Deuxième session : le cinéma français sous l'Occupation (1940-1944) / Les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945)

 

Ce que j'ai retenu du cours

 

Les horaires ont changé (18h30 /20h15 pour le cours puis film à 21h15) et le service de restauration à l'intercours s'organise : distribution dans la salle d'exposition au deuxième étage du Méliès. Les mets serivis par le Caméléon sont toujours aussi délicieux (colombo de poulet, flanc, congolais accoompagnés d'un verre de vin rouge).

 

Mais venons en au contenu du cours (que j'ai mis du temps à retrascrire mais qui, comme d'habitude, était passionnant), toujours assuré par Emmanuel Leclercq.


Dans les années 1930, la France ne va pas bien (crise économique, ligues d'extrême droite, affaires Stavisky...) et refuse de voir les dangers de l'extérieur (nazisme, fascisme, Franco ...). De 1930 à 1934, le cinéma français est médiocre : culte du vedédariat, comique troupier, gaudriole ... Jean Vigo, René Clair et Jean Renoir sont des exceptions durant cette période. 

 

Les signes précurseurs du réalisme poétique

 

René Clair vient du cinéma muet et s'adapte au cinéma parlant avant de quitter la France pour la Grande-Bretagne puis les USA : Sous les toits de Paris (1930), Le Million (1930), A nous la Liberté (1931). Il reviendra en France en 1948. Il tourne des oeuvres isolées durant la période qui nous intéresse.

 

Jea Vigo est décédé d'une leucémie à 29 ans en 1934 après avoir réalisé A propos de Nice (1930, faune des oisifs et des milliardaires sr la côte d'Azur), Zéro de Conduite (1933) et l'Atalante (1934).

 

 

L'Atalante de Jean Vigo (1934) avec Michel Simon, Dita Parlo, Jean Dasté ...

 

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 Ce film est un hymne à l'amour fou, très rare dans le cinéma français. Le réci est transfiguré par des détails qui ne sont pas artificiels. La juxtaposition d'éléments banals se transforme en quelquechose de singulier, une mariée qui déhambule sur le pont d'un bateau par exemple (extrait).

 

Ce film manque d'unité pour atteindre la perfection. Il présente un troisième personnage, l'inracontable Michel Simon qui sert de diversion à la jeune mariée qui s'ennuie sur le bateau.

 

C'est un signe précurseur du mouvement sponthané du réalisme poétique naitra peu après.

 

4 auteurs (pas théoriciens) : Jacques Feyder, Jean Duvivier, Marcel Carné et Jean Renoir (Grémillon, un peu plus âgé, est à part). Les films qu'ils ont réalisé correspondent à une infime minorité de la prouction de l'époque, environ 10 sur plusieurs centaines (entre 100 et 130 films par ans en France). Le scénariste belge Charles Spaak a joué un rôle essentil, tout comme Jacques Prévert en assciation avec Marcel Carné.

 

La kermesse héroïque de Jacques Feyder (1935), avec Françoise Rosay, André Alerme, Jean Murat, Louis Jouvet ...

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Le succès de ce film est lié à une conjonction de facteurs :

- Resistance morale (occupation espagnole des Flandres)

- Les femmes font front malgé la lâcheté des hommes (métaphore de la résistance à l'occupation et pacifisme)

- état d'esprit des toile flamandes (Rubens ..) mis en scène par un décorateur de génie

- reconstruction historique (pas le fort du cinéma français, à part dans La Reine Margot)

- dialogues de Bernard Zimmer (souvent négligé dans le cinéma français) : précis et justes dans les films du réalisme poétique, chaque mot fait avancer l'intrigue

Il s'agit d'un film pacifiste mal accueuili (co production par une société allemande, nazie quoi). C'est le derier film français de Jacques Feyder.

 

On retrouve dans ce film toutes les caractéristiques du réalisme poétique :

- Pacifisme

- Idée de solidarité

- Stigmatisation de la lâcheté

 

Carné st le chef de file du réalisme poétique (Renoir est trop génial pour être assimilé à un mouvement et à un genre). C'est sa collaboration avec Jacques Prévert qui assure l'inspration poétique. Le ouple Carné / Prévert dominera le cinéma français durant l'ensemble de la période (le autres meurent ou s'exilent en 1940). Ils réalisent des films ancrés dans la réalité de manière poétique.

 

- pas de réalité quotidienne : exagération, exaspération des atmosphères corrigées par la poésie du scénario et des dialogues

- les bons sont toujours perdants par rapport aux méchants (pays en décomposition, malheur = prémonition du chaos)

- Amours sans issue possible

- fatalisme, destin, quelque soit la tenacité des protagonistes

- vision pessimiste de l'histoire aténuée par les notions de solidarité,de fraternité et d'insurection

 

Ce mouvement a beaucoup influencé le néo réalisme italien ( L'âge d'or et la fin du néo-réalisme / Voyage en Italie (1953) et  L'âge d'or et la fin du néo-réalisme / Voyage en Italie (1953) )

 

2 scénaristes : Charles Spaak (igueur dans la construction) et Jacques Prévert


Acteurs du réalisme poétique : Jean Gabin, Viviane Romance, Mireille Baleing, Ginette Leclerc. Danielle Darrieux, la vedette des années 1930, n'a tourné dans aucun film du mouvement.

 

Quai des Brumes de Marcel Carné (1938), avec Jean Gabin, Michel Simon, Michèle Morgan ...

 

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Dès le début, on sai que l'histoire entre Jean Gabin (déserteur en fuite) et Michèle Morgan dans le rôle de sa vie finira mal. Scénario de Jacques Prévert et musique de Maurice Jaubert.

 

extrait : "T'as d'beaux yeux tu sais".

 

Le Crime de M. Lange de Jean Renoir (1935), avec René Lefèvre, Florelle, Jules Berry ...

 


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C'est la seule collaboration de Renoir et Prévert qui n'avaient pas besoin l'un de l'autre. C'est l'histoire de la mise en place dune coopérative. Unité de lieux

 

Partie de Campagne de Jean Renoir (1936), avec Jane Marken, Sylvia Bataille, André Gabriello ...

 

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C'est l'homage du génie plastique qu'est Jean Renoir à son père Auguste, à Manet et aux impressionistes. Luchino Visconti (voir  Du néo-réalisme de Visconti à "Rocco et ses frères" (1943-1960) / Les Nuits Blanches (1957) et  Le "viscontisme" de Senso à l'Innocent (1954-1976) / Senso (1954) )appartenait à léquipe de tournage. Ce film inachevé de 45 minutes mériterait un cours à lui tout seul. C'est l'équivalent d'une toile impressioniste, sans mièvrerie.

 

 

La règle du jeu de Jean Renoir (1939), avec Marcel Dalio, Nora Gregor, Jean Renoir ...

 

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C'est le chef d'oeuvre de Renoir avec La Grande Illusion. Il veut tourner un drame gai (marivaudage) : le mensonge est la règle du jeu, surtout dans la haute société, malheur à celui qui tombe réellement amoureux. Renoir est à la fois metteur en scène, scénariste et acteur de ce film qui met en scène 4 ou 5 intrigues parallèles.

 

Le jour se lève de Marcel Carné (1939), avec Jean Gabin, Arletty, Jules Berry ...

 

Le jour se lève

C'est le film le plus emblématique du réalisme poétique du fait de la perfection de sa construction : pureté de la tragédie classique (unité de lieu, de temps et d'action). Jean Gabin est seul face au destin qui s'acharne quelles que soient les solidarités qu'il ait connues. Il fait un retur en arrière sur les derniers mois qui l'ont mené à commettre un meurtre, crime passionnel. Tous les détails présents dans sa chambre ont valeur de symbole. Il est fait comme un rat face au destin. 

 


 

La Grande Illusion

 

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De Jean Renoir

France / 1937 / 113' / noir et blanc

Avec Jean Gabin, Pierre Fresnay, Erich von Stroheim, Dita Parlo

 

 Introduction dans le cadre du cours

 

La réalisation de ce film a duré 6 à 8 mois entre 1935 et 1936, années marquées par de nombreux faits politiques. Le chaos s'annonce de ous côtés et deux aspirations inconciliables s'affrontent : pacifisme et bellicisme.

 

Le film démasque plusieurs illusions de l'époque :

 

- 14-18 était la "Der des der"

- Les hommes peuvent s'entendre au delà des classes sociales

- Le pacifisme peut triompher (allemands montrés de manière plus bienveillante que les anglais)

 

On observe un microcosme de la société de l'époque : un ouvrier, un instituteur, un aristocrate, un homme d'affaires juif ... Renoir crée des types de personnages, caractérisation confiné à la perfection. Il montre que les classes sociales s'entendent entre elles par delà les conflits. C'est un film interntionaliste et pacifiste qui montre un monde qui s'écroule : face à la fin de l'Ancien Régime, les aritocrates cherchent une connivence de classe. 

 

Un triomphe lors de sa sortie en salles en 1937, vilipendé en 1945 comme ayant fait le jeu des allemands, il sera élu 3° meilleur film parant de tous les temps en 1958, derrière Le cuirassé Potemkine de Eisenstein et  Les Rapaces de Von Stroheim.

 

Il est tiré d'une histoire vraie scénarisée par Charles Spaak.

 

 

Le Méliès a dit

 

 Un des très grands films du cinéma français, et le chef d'oeuvre de Renoir avec La Règle du Jeu.

 

En 1917, des aviateurs français sont fait prisonniers en Allemagne : La Grande Illusion est l'histoire de leur évasion et, surtout, des rapports qu'ils vont entretenir entre eux et avec l'officier prussien qui les commande.

 

La signification du film est que les classes sociales s'entendent bien mieux entre elles, par delà conflits et frontières, qu'avec les classes opressées de leur propre camp.

 

Le film a été classé en 1958 parmis les 12 meilleurs de tous les temps.

 

 

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Que dire de plus ?

 

C'est effectivement un chef d'oeuvre qui m'a parlé, émue et tenue en haleine jusqu'à la fin, même si je la connaissais partiellement. Les acteurs sont très bons, leur ton est juste entre nostalgie et humour, et la guerre semble être le sumum de l'absurdité.


Rien à dire de plus, louez le ou achetez le au plus vite pour ceux qui ont séché le cours !

 

Publié dans Ciné

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Vance 25/04/2010 22:40



Tout à fait d'accord avec Mirbel. Fresnay est un acteur qui m'a fasciné dans chacune de ses apparitions, il n'a pas d'égal dans sa présence et son phrasé, il déploie une sorte de noblesse blessée
qui personnalise une certaine image de la France. J'ai revu et analysé le film au cours d'un stage d'Histoire, et ce genre de discussions apporte toujours un plus à un chef-d'oeuvre qui pourtant
arrive à laire à l'état brut.


J'aime beaucoup Une partie de campagne, vu dans un ciné-club à la fac : c'est d'une beauté intemporelle. Il y a un travail sur le cadrage et les différents champs qu'on retrouvera
rarement aussi exploités.


Très bon travail, Fée. Il te reste une ou deux coquilles à corriger et ce sera complet. Merci !



La fée Paradis 25/04/2010 23:34



Merci Vance. C'est simplement le résumé du trèsbon cours auquel j'ai assisté. C'est tllement long à faire que j'ai du mal à relire, d'où les coquilles .


Mardi suite de ce cours : le cinéma français sous l'occupation. Il me tarde.



Mirbel 25/04/2010 17:59



Très intéressant ce cours. La grande illusion est effectivement un chef-d'oeuvre sur la vanité des hommes, mais aussi la loyauté et l'intégrité. C'est du au talent du réalisateur, mais aussi à
celui des acteurs : Fresnay, Gabin, Von Stroheim, on ne peut que s'incliner.



La fée Paradis 25/04/2010 20:14



Les cours d'histoire du cinéma du Méliès sont toujours passionnants ! C'est l'occasion de découvrir moultes chef d'oeuvres avec les explications de contexte nécessaires à leur compréhension.



Djemaa Pascal 20/04/2010 23:07



Merci pour ces lignes que je lis avec plaisir. Pascal.



La fée Paradis 21/04/2010 08:45



Merci à toi de les avoir lues surtout  !