La Vie de ma Mère, de Thierry Jonquet et Jean-Christophe Chauzy

Publié le par La fée Paradis

La vie de ma mère

 

 

C'est l'adaptation en BD d'un roman de Thierry Joncquet, et c'est plutôt réussi (je n'ai pas lu ce roman mais j'en ai lu d'autres de l'auteur : L'enfant de l'absente , Les orpailleurs , La bête et la belle et Mygale ) (c'était mon trip de septembre 2009 au vu des dates des chroniques).

Le support de la BD est idéal pour adapter un polar ou un roman d'actions (Madame Bovary ou le Rouge et le Noir, je ne pense pas que ça le ferait, trop de complexité et de questionnements psychologiques), je l'avais déjà constaté avec Les Quatre Fleuves  de Fred Vargas et Baudoin.

 

Les quatrièmes de couvertures des deux tomes sont savoureux et annoncent la couleur : "Le respect, faut l'gagner, et y a que la thune pour y arriver ! Le reum à Clarisse, elle se sapait pas chez Tati... C'est c'que j'me disais, et c'est ça com' qu'ça a commencé !" (Face A) et "La vérité, Djamel aussi, il avait des pompes à coques, ‘y a pas mieux dans la baston ! Moi aussi, j’en voudrais bien, des pompes à coques, mais je fais que du 38, et ça commence au 40 ! " (Face B). On comprend à la fin pourquoi il s'agit de faces (comme une K7) et non de tomes (comme un livre).

 

 

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C'est l'histoire de Kevin, un gamin d'une dizaine d'années un peu livré à lui-même dans une cité du quartier Belleville à Paris : il n'a pas connu son père, ses frères et soeurs sont partis faire leur vie (l'une comme shampouineuse, en couple avec un maçon portugais conservateur, l'autre comme mécano dans le sud de la France), sa mère bosse de nuit comme standardiste, est crevée et peine à joindre les deux bouts et son voisin, un vieux militant communiste, veille sur lui comme il peut mais est complètement à côté de la plaque, tout comme le directeur de l'école et son instit de la SES (section d'éducation spécialisée) qui voudrait pourtant l'aider à progresser pour qu'il aille en LEP.

Suite à une histoire foireuse, il s'est fait virer du centre de loisir (les adultes n'ont pas cherché à comprendre) et il glande entre un square, une superette et les Buttes Chaumont avec ses potes (ils sera viré aussi après avoir pissé dans la fontaine, piqué des trucs et participé à l'assassinat d'un cygne au lance-pierre).

C'est une proie facile pour une bande de délinquants de quartier qui ont besoin d'un petit pour monter leurs coups. Les Euros coulent à flots et ça tombe bien, car Kevin est tombé amoureux de Clarisse, "une sixième normale" qui habite à 100 mètres, dans le quartier bobo qui jouxte les Buttes Chaumont. Il peut offrir des cadeaux à sa belle et s'acheter un survet qui ne vient pas de chez Tati, pour avoir l'air moins "gogol". La mère de Clarisse, pleine de bons sentiments, l'aide à faire ses devoirs et avec son aide et celle de l'instit il pourra bientôt intéger un CAP .... Je vous laisse découvrir la suite.

 

 

La vie de ma mère 3

 

Les dessins sont secs et assez violents, faisant volontairement ressortir les contrastes entre le visage angélique des enfants et la laideur du monde qui les entoure (visages marqués, regards méchants, espaces publics dégradés, ...). Les dialogues sont savoureux, entre la naïveté bien-pensante des uns (le vieux communiste, l'instit ou la mère de Clarisse) et le verlan répétitif et lassant des jeunes. Aucune communication et aucune compréhension possible, d'autant plus que les adultes, même s'ils sont plein de bonne volonté, ne comprennent rien.

Le mécanisme du cercle vicieux est disséqué avec précision, il est infernal et inévitable : l'enfant est incapable de prendre du recul et d'analyser clairement la situation, il accélère lui-même le cercle. C'est normal, c'est un enfant.

Cette démonstration se fait au prix de nombreux clichés propres au polar social, si c'est bien ficelé et qu'il y a beaucoup de vrai, ce n'est pas non plus une analyse sociologique. Ici, tous les critères sont cristalisés autour d'un seul personnage de manière à faire avancer l'histoire et le drame.

Comme dans tous les romans de Thierry Joncquet, pas de moralisme ni de bons sentiments, juste des faits exposés, libres à l'appréciation de chacun, c'est plus intéressant. Ce sont vraiment de bonnes BD. J'ai aussi emprunté DRH des mêmes auteurs, ça promet d'être savoureux.

 

Notes :

 

Face A : 17/20

Face B : 17/20

 

Publié dans BD

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