La Terre des Paysans

Publié le par La fée Paradis

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De Raymond Depardon

Beau livre illustré

Septembre 2008

Editions Seuil

 

 

Le Monde a dit

 

(Jacques Mandelbaum, 28.10.2008)

 

A l'âge de 16 ans, durant les années 1960, Raymond Depardon quitte la ferme familiale pour parcourir le monde comme photoreporter. A la fin des années 1970, il troque régulièrement l'appareil photo pour une caméra, ramenant des films exceptionnels d'un asile italien, d'un hôpital ou tribunal français, d'un village africain.

 

Ce fils de paysans cultive si bien son jardin personnel, que celui de ses parents commence à lui manquer. C'est à la fin des années 1990 que lui vient une idée, un peu folle en termes de production, mais passionnante sur le plan du cinéma : filmer durant dix ans ces paysans de moyenne montagne dont tout porte à croire qu'ils vont disparaître sous l'effet des mutations économiques.

 

De ce projet naissent successivement Profils paysans : l'approche (2001), Profils paysans : le quotidien (2005), et aujourd'hui Profils paysans : la vie moderne, qui clôt, du moins provisoirement, ce qui se constitue à ce stade en trilogie. En parallèle, Raymond Depardon publie La Terre des paysans (éd. Seuil, 150 pages, 39 €), qui regroupe des photos qu'il a prises pendant cinquante ans sur ce monde qui lui tient à coeur, de sa ferme familiale jusqu'à la transcription des trois films

 

Ce troisième volet documentaire remet sur le métier ce qui était en jeu dans les précédents. Soit une question, une méthode, une manière. La question est celle de la survie de ces exploitations, avec le vieillissement des propriétaires et le problème douloureux de leur succession. La méthode est celle d'une approche fondée sur la confiance et le respect, la recherche d'une juste distance, qui ne prétend pas à la fausse proximité, et ne tombe pas dans l'écueil de l'observation surplombante. La manière relève d'une infinie délicatesse, d'une impression de naturel et de simplicité, dont on sait bien qu'elles tiennent par le cinéma de Depardon.

 

Extraits

 

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"Je commence à photographier les gens que j’aime bien, cela me sert de test. (…) Je me méfie des « clichés » à propos de la ruralité. Combien de films j’ai vus et revus, combien d’albums photo j’ai regardés, faisant l’éloge du travail agricole avec systématiquement, fourches, cochons, tracteurs, coqs. (...) Photographier et filmer un paysan, c’est entrer dans sa vie privée et créer une relation de confiance sur de nombreuses années."

 

"Aujourd’hui je n’ai plus peur de dire mon attachement à la terre des paysans. Apaisé, je retournerai sur les hauts plateaux froids et les vallées profondes du massif. "

 

 

Que dire de plus ?

 

 

Je n'ai pas vu la trilogie documentaire sur le monde paysan et c'est un tort qui sera, je l'espère, vite réparé. Car ce livre est beau, juste et émouvant, tant au niveau des photos que des petits textes qui l'accompagnent. Pas de grandes envolées lyriques, mais l'essentiel est dit.

 

On voit les difficultés rencontrés par deux composantes du monde agricole : agriculture périurbaine entre échangeurs, zones d'activités et lotissements (voire Comment la France est devenue moche ?  ) et agriculture de moyenne montagne qui subit de plein fouet l'exode rural et les difficultés d'exploitation d'un relief qui se prête peu à l'agriculture intensive.

 

Le premier cas, c'est celui de la ferme familiale de Raymond Depardon et des exploitants voisins : son père puis son frère ont été expropriés de leurs terres pour faire de belles routes et des zones d'activité tout au long des années 60 et 70, alors que l'exploitation était pérenne.

 

Loin de la Beauce ou de la maïsiculture intensive des vallées béarnaises, le monde paysan en moyenne montagne est condamné à disparaitre, comme les habitants des villages. Quelle pérennité lorsqu'il reste trois octogénaires persistant à faire paitre quotidiennement leurs bêtes ? C'est ce qu'on constate le long de la "diagonale du vide" entre les Ardennes et les Pyrénées Ariégeoises, en passant par le Massif Central. Les terres ne sont pas propices à l'exploitation productiviste prônée par la FNSEA et le Crédit Agricole.

 

Les photos et les textes sont sobres mais d'une grande portée. Dans ma tête, ils font écho à ce que j'ai pu voir en Lozère ou en Corrèze, et c'est bien dommage qu'une immense majorité du territoire soit condamné à la désertification au profit d'agglomérations toujours plus étendues. Après on en a rêvé "du formica et du ciné", lors il ne faut pas pleurer ? Le télétravail et le mouvement de retour à la campagne va-t-il endiguer un peu le phénomène ? Qui vivra verra.

 

En attendant, je vais mettre les bouchées doubles à l'AMAP, me procurer les DVD du documentaire et pituler des vacances dans la "diagonale du vide".

Publié dans Livres

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letlet64 12/04/2010 21:50



Il y a aussi le documentaire de Depardon "10e chambre, instants d'audience" sur la justice française où il suit des cas réels et où il montre les jugements vus de
l'intérieur du tribunal...Je l'ai vu il y a trés longtemps mais il est vraiment prenant...A voir!



La fée Paradis 13/04/2010 08:55



Bienvenue Letlet!


J'ai entendu parler de ce documentaire mais je ne l'ai jamais vu (par contre il est en DVD à la médiathèque donc potentiellement visible !). J'aime la manière profondément humaniste de Depardon
pour aborder les différents thèmes. C'est rafraichissant !