La guerre est déclarée, de Valérie Donzelli

Publié le par La fée Paradis

 

 

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"POUR

Qu'est-ce que c'est ? Un mélodrame pop. Un tire-larmes - avis aux pleureurs et pleureuses, fontaines vous deviendrez - qui donne pourtant la pêche et rend illico amoureux de ses protagonistes. Ça commence façon Nouvelle Vague : Roméo rencontre Juliette, leurs prénoms les prédestinent et leur amour naît et croît dans Paris la belle. Il y a une voix off, des couleurs qui pètent, de la musique variée (punk, classique, yé-yé) qui vous transporte. Il y a aussi cette impression formidable d'ultracontemporanéité : Juliette et Roméo forment un couple de bobos comme on en connaît cent, entre Bastille et Marais. Ce qui leur arrive, pourtant, n'arrive qu'à eux : le cauchemar de tous les nouveaux parents, puisque entre-temps ils ont donné naissance à Adam.

Adam pleure, c'est normal. Adam retire un peu de l'insouciance partageuse qui enchantait le couple, et c'est encore normal. Mais Adam est malade, et c'est sérieux : une tumeur au cerveau. Opérable, sûrement. Guérissable, peut-être. A la certitude absolue du bonheur se substitue l'affreux principe d'incertitude : suspense terrifiant des diagnostics, des résultats de scanners ou de biopsies.

Vous n'avez pas envie de voir un film sur un enfant cancéreux ? Personne n'en a envie. Il se trouve que La guerre est déclarée n'est pas du tout cela. Son titre est explicite : non pas chronique d'une maladie, mais récit méthodique du combat contre elle, et contre le sort, et contre la mort. Comment l'énergie positive assimilée dans le prologue joyeux, comment les fondations solaires de l'union entre les deux personnages vont irriguer l'épreuve, servir de rempart et d'arme de destruction du malheur.

Le couple en miettes, le cinéma nous l'a déjà servi ad nauseam ; voilà qu'un film dit l'inverse, chante une ode à la vie à deux. Il peut arriver que le couple devienne un petit commando, plus increvable que la somme de ce qui le constitue, une carapace qui survit même à sa propre destruction - à l'amour qui s'est usé. Et c'est beau à voir... On sait peut-être que le film est autobio­gra­phique et que l'histoire, dans la vie, s'est bien terminée - révélation qui ne gâchera pas le plaisir. Ainsi, Valérie Donzelli, cinéaste et actrice, Jérémie ­Elkaïm, acteur et coscénariste, rejouent, quasiment dans leurs propres rôles, tout ou partie de ce qu'ils ont enduré.

Sans doute la proximité avec le réel obligeait-elle à cette écriture stylisée. Mais pour son deuxième film (après La Reine des pommes, en 2009), la cinéaste fait surtout preuve d'une maîtrise assez étonnante, notamment dans l'art du contre-pied : qui eût cru, par exemple, qu'une scène d'attente dans la cour intérieure d'un hôpital parisien serait un sommet de cocasserie ? Son attention aux seconds rôles fait merveille : on pense, entre autres, à Béatrice de Staël, qui joue la pédiatre, ou Frédéric Pierrot, le chirurgien. Praticiens qu'on aurait envie d'étreindre tant est grande leur compassion et précieux leur art - gloire à l'hôpital public !

Au fur et à mesure du combat, le sprint amoureux se transforme en éreintante course de fond, avec menace d'abandon à chaque tour de piste. C'est une longue épreuve que traversent les protagonistes, transformée aujourd'hui en geste créatif, catharsis pour eux, exorcisme pour le spectateur. Le cinéma américain a ses superhéros, aux multiples pouvoirs. Le cinéma français a, de temps à autre, ses héros du quotidien. Ils élèvent modestement l'humanité, à défaut de la sauver. On a tout à fait le droit de les admirer.

Aurélien Ferenczi

 

CONTRE

Il y a, comme ça, de tout petits films généreux et malhabiles qui deviennent, la rumeur aidant, de prétendus chefs-d'oeuvre... Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm sont charmants, ils ont vécu l'enfer, ils s'en sont sortis, ils nous le racontent, puisque l'autofiction est à la mode, hélas, et sans nous plomber de tristesse. OK !

Sauf qu'il n'y a quasiment pas de cinéma dans ce film. Par « cinéma », on entend invention, originalité, quelque chose qui, soudain, dépasse l'anecdote et fasse d'un sujet pleurard une oeuvre d'art. Hormis quel­ques travellings dans l'hôpital et les larmes de Jérémie Elkaïm dans une soirée, les plans s'alignent les uns après les autres, ni bons ni mauvais : juste impersonnels. Et au moment d'aborder des scènes où il s'agirait de prouver sa personnalité, Valérie Donzelli botte en touche en utilisant, chaque fois, des artifices faciles (des illustrations musicales, par exemple) pour parvenir à l'émotion.

Tout ça n'est pas grave. Valérie Donzelli débute. Elle a donc tout le temps de devenir ce que certains croient qu'elle est déjà. Simplement, il faut se calmer : il y a quelques années encore, La guerre est déclarée aurait été accueilli avec une sympathie indulgente. Qu'il suscite, aujourd'hui, le délire prouve à quel point seul le fond l'emporte désormais. Dans le cinéma français actuel, la mise en scène semble trop souvent une valeur en chute libre...

Pierre Murat"

(Télérama) 

 

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C'est parce que j'ai vu la rumeur enfler et lu l'interview de Valérie Donzelli dans Causette que j'ai souhaité aller voir ce film et hier soir, la grande salle du Méliès était pleine. 

 

Beaucoup d'émotions finement mises en scène et accompagnées d'une super BO, c'est une belle histoire d'amour et d'engagement multiforme dans un contexte difficile et inattendu pour les protagonistes (le couple mais aussi leurs proches). Pas de grosses larmes ni de gros fous rires mais un optimisme omniprésent et, toujours, l'envie d'y croire.

 

A voir !

 

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Ma note : 4/5

Publié dans Ciné

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