La Brève et Merveilleuse Vie d'Oscar Wao, de Junot Diaz

Publié le par La fée Paradis

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Mon premier livre des vacances, reçu pour mon anniversaire (très bonne idée de cadeau !).

 

Comme le fuku (poisse) s'abat sur moi sous forme de paresse depuis mon retour, je préfère présenter le commentaire fait par Télérama à l'époque de la sortie du roman en France :

 

Certains livres ne s'ouvrent au lecteur qu'à la trentième ou quarantième page, et La Brève et Merveilleuse Vie d'Oscar Wao appartient à cette fratrie. Prix Pulitzer 2008, le roman de Junot Díaz (né en 1968) est une mine, même si l'accès au filon demande quelques efforts. Une fois qu'on y est – une fois qu'on est entré dans la bulle fami­liale d'Oscar, jeune dominicain américain obèse du New Jersey, fan de science-fiction et sempiternel puceau –, on se ré­gale. Parce qu'Oscar est l'un des personnages les plus riches, les plus attachants qu'il nous ait été donné de rencontrer depuis longtemps. On l'observe avec la tendresse d'un ami, interloqué par son phrasé lou­foque et peiné par sa désastreuse technique de drague. On l'accompagne dans ses efforts insensés pour faire coïncider deux mondes inconciliables : sa planète, où l'amour et la fantaisie sont rois, et la nôtre, tellement râpeuse.

Le jeune homme n'est d'ailleurs pas le seul, dans sa famille, à déguster la vie côté épines : le roman se déploie sur trois générations, des années 30 aux années 90, entre l'île de Saint-Domingue et le New Jersey, avec, en toile de fond, le règne sanglant et ubuesque de l'immonde dictateur Rafael Trujillo. Sublime Belicia, la maman d'Oscar : un cœur de rose, planqué sous les plus beaux seins de Santo Domingo ! Une beauté des îles promise au désastre pour s'être éprise du « gangster », un homme de main de Trujillo, et abonnée au tabassage, comme son père trente ans plus tôt... et comme son fils vingt ans plus tard. Le fukú, une scoumoune à la sauce dominicaine, n'épargne décidément personne...

Il fallait la verve folle de Junot Díaz, Américain originaire de République dominicaine, pour raconter ces tristes et souvent désopilants tropiques : un cocktail de langage stylé, d'argot hip-hop et d'expressions espagnoles (non traduites, mais pour la plupart compréhensibles) qui surprend d'abord – d'où la mise en route délicate des quarante premières pages – mais finit par entraîner le lecteur dans un tourbillon. La Brève et Merveilleuse Vie d'Oscar Wao devient alors une saga latina matinée d'USA, un brouhaha linguistique parfaitement maîtrisé (chapeau à la traductrice, Laurence Viallet), légèrement étourdissant même, que l'on traverse d'une traite, le sourire aux lèvres et le ventre noué.

Olivier Pascal-Moussellard

Telerama n° 3087 - 14 mars 2009
 
 Rien à dire de plus.

 

 

Publié dans Livres

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GLOBULE 14/01/2012 21:50


J'ai adoré la structure du roman avec ses flashbacks et les notes de bas de pages qui alimentent le récit de précisions historiques à la sauce dominicaine, découvrir au fil du texte l'identité du
narrateur, et la nature du fuku dévastateur qui poursuit la famille d'Oscar Wao... Bref, on ne lache pas le livre avant de l'avoir fini!