Du néo-réalisme de Visconti à "Rocco et ses frères" (1943-1960) / Les Nuits Blanches (1957)

Publié le par La fée Paradis


Rappels :

Du cinéma fasciste italien au néo-réalisme / Ossessione (1942)

L'âge d'or et la fin du néo-réalisme / Voyage en Italie (1953)


Retour au Méliè pour un nouveau cycle de cours d'analyse de films sur le thème de Luchino Visconti  (1906, Milan -1976, Rome) ! Je rappelle qu'Emmanuel Leclercq, directeur la strucure est plutôt qualifié pour évoquer ce sujet puisqu'il a fait une thèse sur "Marxisme et homosexualité dans l'oeuvre de Visconti".

- Le premier cours est consacré à la période 1943 (Ossessione) - 1960 (Rocco et ses frères), avec la projection des Nuits Blanches (1957).

- Le second au viscontisme, de 1954 (Senso) à 1976 (année de la mort du réalisateur), avec projection de Senso. Ce sera mardi prochain.







Parmis les cinéastes italiens de référence, Visconti vient en deuxime position derrière Fellini et devant Rosselini. Il impose le respect mais ne fait pas naitre l'enthouiasme. Issu de l'une des familles les plus anciennes et les plus riches du monde, conte de Milan, et proche de la famille royale italienne, le parcours politique de cet autodidacte du cinéma est assez inattendu.

Il grandit comme un aristocrate et se lance dans le PMU en fondant sa propre écurie qui remporte de nombreux prix hippiques. En 1922, lors de l'arrivée des fascistes au pouvoir, il est proche de la famille royale et plutôt conservaeur. Mais sa vie ne le satisfait pas.

Le déclic a lieu en 1936. Lors d'un voyage de 3 semaines en France, en plein Front Populaire et  dans une période d'effervescance culturelle, il participe en tantque 3° assistant costumier au tournage d'une partie de campagne de Jean Renoir connu pour ses idées socialistes et anarchistes, proche du PCF. Visconti est bouleversé par cette expérience de réalisation qui part dans tous les sens et qui remet en cause les fondements culturels de l'aristocratie étriquée qu'il a connu jusqu'alors. Il s'agit d'une conversion radicale brève qui lui fait tourner définitivement le dos à la tentation du fascisme et du conservatisme. Il sera désormais de gauche !

De retour en Italie, il écrit un article pour la revue volontairement pluraliste, "Cinema", où écrit aussi Moravia. C'est un autodidacte de la culture classique et il n'a pas connaissance des textes du marxisme théorique. Il pratique le marxisme opértoire. C'est dans ce contexte qu'il tourne Ossessione en 1942. Ce film fait voler en éclat tous les tabous de la période fasciste (situation de la femme, homosexualité, chômage et pauvreté), il ne sera pas censuré mais sera très mal diffusé en 1943.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, l'Italie connait une période de trouble (République de Salo de Mussolini, déclaration de guerre à l'Alemagne, débarquement allié en Sicile). Fidèle à ses idées, Visconti prend le maquis et est arrêté. Le maquis restera pour lui la période préférée de sa vie !

En 1946, dix ans après son voyage à Paris, il s'engage publiquement aux côtés du PCI et vote même pour l'abolition de la monarchie, alors que le roi était un ami d'enfance et peut-être même un ancien amant.

Le PCI n'était pas partisan d'une prise de pouvoir révolutionnaire et Visconti est resté démocrate et légaliste. A partir de la mise en oeuvre du plan Marshall et du renvoie des ministres communistes du gouvernement (1947) et en raison de ses engagements, il sera victime d'ostracisme en Italie jusqu'en 1963 (palme d'or à Cannes pour le Guépard). Les fims qu'ils réalise n'obtiennent pas les lions d'or mérités au festival de Venise et il rencontre des difficultés pour monter ses projets. 

Il  reste par ailleurs très attaché à des notions "conservatrices" comme la famille ou la terre. Il considère les villes comme des lieux de corruption et de crasse et sans être pratiquant, il est déiste.

Il est indispensable de prendre en compte son homosexualité et son adhésion au marxisme pour comprendre son oeuvre et le lien doit être fait avec finesse. C'est le repproche que fait Emmanuel Leclercq à l'essentiel de la litterrature consacré à ce sujet qui évoque la splendeur visuelle de ses films sans faire référence à ses engagement et à sa personnalité.

Visconti ne reconstitue pas d'évènements historiques et ne met pas en scène de personnages majeurs. Il s'intéresse aux individus qui composent la société, guidé par le matérialisme historique du marxisme. Par ce biais, il reconstitue les différentes strates de l'histoire et les signes avant coureurs qui n'en avaient pas l'apparance, comme Hanneke dans  Le ruban blanc  .

Extraits :

- Ossessione (voire Du cinéma fasciste italien au néo-réalisme / Ossessione (1942)), premières scènes du film. Cet extrait met en lumière les gestes de fraternité essentiels dans l'oeuvre de Visconti (partage de la bouteille d'eau par les routiers), l'image du vagabond dont le visage apparait lorsqu'il est regardé par quelqu'un de plus aliéné et de plus exclu que lui, la femme. C'est le thème du miroir : l'individu se regarde en croyant voir l'autre.




- La terre tremble (Grand Prix de la mise e scène au festival de Venise mais pas de Lion d'Or, voire  L'âge d'or et la fin du néo-réalisme / Voyage en Italie (1953)), un de ses 4 ou 5 chefs d'oeuvres avec le retour aux sources d'un néo-réalisme sans concession en 1948.

Il s'agit d'une adaptation contemporaine des Malavoglia de Giovanni Verga, tournée en Sicile. Dans cet extrait, la famille de pêcheurs esclaves séculaires de la mafia se met à son compte et connait une période de prospérité, avant de tout perdre lors d'une tempête en mer.

Si la fin montre l'absence de solidarité entre les prolétaires dans un monde capitaliste, on voit les effets bénéfiques de l'autogestion durant quelques minutes. Visconti ne montre que l'amont du processus révolutionnaire et les causes de son pourissement intrinsèques au capitalisme.





- Bellissima (1951) avec Anna Magnani, Walter Chiari, Tina Apicellia ... Tourné à Rome et dans les studios de la Cineccita, ce film discrètement féministe montre la confrontation entre le milieu ouvrier digne et le milieu corrompu du cinéma. Anna Magnani, après avoir assisté à un casting de petites filles et à l'humiliation de la sienne refuse de la vendre à cette industrie, malgré sa pauvreté. On a vu la belle fin du film.






- Rocco et ses frères (1961, année faste également marquée par les tournages de  La Nuit d'Antonioni et La Dolce Vita de Fellini) avec Alain Delon, Renato Salvatori, Annie Girardot, Roger Hanin ... Dans ce film, Visconti revient aussi aux souces du néo-réalisme. Il ne s'agit pas d'un chef d'oeuvre car il en fait un peu trop pour épater la galerie.

C'est la mise en scène de 6 destins croisés : celui des 5 frères et d'une femme interprétée par Annie Girardot dans son plus beau rôle. On observe le glissement d'une solidarité de classe à une solidarité familliale plus ponctuelle et à l'éclatement de la famille dans un contexte de lumpen prolétariat. C'est aussi la première réapparition de l'homosexualité depuis le personnage de l'Espagnol dans Ossessione. Et reviennent les thèmes de l'inceste non consommé et des elations fusionnelles au sein des familles.

Le personnage de Rocco est inspiré par celui de l'Idiot de Dostoiewski, "un saint qui n'a plus sa place dans ce monde où il faut rendre des coups".

On a visionné deux séquences : la première montre la rencontre par hasard à Livourne, de Delon et Girardot qui ne s'étaient pas vu depuis 18 mois à Milan. Le premier fait son service militaire et la seconde sort de prison. S'en suit une scène de séduction inattendue et non désirée par les deux protagosniste (Girardot est la nan du frère de Delon). Le jeu de l'actrice avec ses lunettes de soleil montre une alternance entre des sentiments affichés et cachés.

La seconde séquence, la scène finale du film, donne un peu la morale du film après tous les drames vécus pendant 4 ans (et 3 heures de film).





Précision : les acteurs français de Rocco et ses frères ne parlent pas l'italien. Ils ont été doublé au montage, comme ce fut la tradition dans le cinéma italien jusqu'à une dizaine d'année.


- Les Nuits Blanches (1957) : scène du miroir où Mastroianni tente d'échapper à Nahalia et aux sentiments qu'il éprouve pour elle. Ce film est un trompe l'oeil, Livourne en hiver a été reconsitué en studio car le tournage a eu lieu en été (6 semaines). Il s'agissait pour Visconti de se relancer après l'échec de Senso et c'est le seul film où il place l'amour au centre du récit. Il considère d'habitude que les sentiments sont affaires d'argent et de classes sociales.

 

Pour conclure, Emmanuel Leclercq rebondit sur une question posée durant la présentation. Qu'est-ce qui caractérise Visconti et son génie ?

- Génie plastique unique ne répondant pas à un soucis d'esthétisme (grandes compositions aristocratiques comme la scène du bal dans le Guépard) mais plutôt à celui de l'annonce  la mort d'une aristocratie. C'est l'être humain qui l'intéresse et pas l'esthétisme.

- Temporalité : il s refuse à des stratégies de montage et le spectateur a l'impression d'assister à l'ensemble de la période montrée ( 4 ans dans Rocco et ses frères)

- La tension des élans révolutionnaires confrontés à l'envers du décor du monde capitaliste (La terre tremble).

Après un délicieux poulet yassa proposé en restauration rapide par le Caméléon (je ne pense pas avoir déjà évoqué ce détail logistique non négligeable dans mes précédents articles), place au film !




Les nuits blanches




Réalisé par Luchino Visconti
Avec Maria Schell, Marcello Mastroianni, Jean Marais ...
Drame, Italie, 1957
1h47
VOSTF






Le Méliès a dit

Contre toute raison, une femme attend le retour d’un inconnu qu’elle n’a fait qu’entrevoir, et tient tête dans l’intervalle à l’amour fou que lui voue un modeste employé.

Peut-être l’œuvre la plus parfaite de Visconti, et l’une des moins connues. Transposant un récit de Dostoïevski dans la Livourne hivernale du miracle économique italien, le cinéaste s’éloignait ici de la surcharge esthétique de ses films ultérieurs et, pour l’unique fois de sa carrière, plaçait la poésie et l’amour au premier rang du récit.






Que dire de plus ?


Marcello jeune et exalté ou Jean Marais, posé, mystérieux, taiseux ? That is the question pour Nathalia. Et c'est hallucinant comment une histoire toute simple comme celle-ci a pu nous faciner durant plus d'une heure et quart !

Adaptation de la nouvelle éponyme de Dostoïevski en Italie au début des 30 glorieuses, Mario (Marcello Mastroianni) est bien dans son époque et souhaite profiter de la vie. Nathalia (Maria Scheller), fraiche et belle, attend un homme (Jean Marais)  a qui elle a décidé de consacrer sa vie. Lasse au bout d'un an, elle se laisse tenter quelques instants par l'amour que lui voue Mario ...

C'est finalement un drame mis en scène de manière légère et comique : Nathalia pleure beaucoup et se mouche bruyament, un peu comme moi hier soir, la scène de danse dans le bistrot est hyper comique avec des styles ancêtres de la tectonique, la logeuse de Mario est à mourir de rire tout comme la grand-mère de Nathalia et son employée.

J'avais lu la nouvelle et j'ai retrouvé dans le film une phrase qui m'avait énormément marquée en tant qu'ado : un truc comme (adaptation contemporaine parce que je ne l'ai pas sous les yeux) "c'est déjà énorme une minute de bonheur. ça suffit pour toute une vie".

Le film va ressortir en copie neuve dans quelques jours (on a eu la vieille copie).

Publié dans Ciné

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