Abus de pouvoir

Publié le par La fée Paradis



De François Bayrou
Plon, 2009




Médiapart a dit :

Ce livre, c'est de la dynamite. C'est aussi un éclair, un éclair de lucidité et un acte de résistance.Bien au delà d'un pamphlet antisarkozyste à visée électorale comme certains se plaisent à le dire, c'est un livre de fond. Il n'est pas que dans la dénonciation mais également dans la proposition.

Comme le dit son titre évocateur, François Bayrou dénonce  les multiples "abus de pouvoir" mettant bas les piliers de la démocratie, mais pas seulement celà. Il s'attaque aussi au démantèlement progressif, volontaire, recherché, des fondements de notre république, de l'égalité des chances, des services publics, du contrat social. La rupture annoncée de Nicolas Sarkozy, c'est bien celle-là. François Bayrou s'attaque comme jamais auparavant aux puissances financières qui dominent la planète dans la mondialisation, incarnées par une oligarchie qui s'apparente à la nouvelle aristocratie d'aujourd'hui. Ce livre ouvre également nos yeux sur le point charnière d'évolution de civilisation impliquant les peuples dans le choix qu'ils devront faire entre la passivité, le consentement d'un modèle injuste et destructeur, et la résistance à ce modèle, pour repartir sur d'autres bases humanistes, justes, démocrates, durables. Tout ceci est très profond et loin d'une simple "posture électorale" et les lecteurs en conviendront, citoyens, journalistes, intellectuels, quel que soit leur engagement politique. La plume est enlevée, acerbe, affûtée, trempée dans l'encre de la démocratie. Son auteur a du panache et de la stature. A lire Absolument !

(Marie-Anne Kraft, 3 mai 2009)

Un admirateur québecois a dit :

(billet de Jean-Claude Pomerleau sur le site Amériquebec.net, le 18 juin 2009)

Pour faire face à l’abus de pouvoir, à quand un Bayrou québécois?

La démarche rigoureuse de M. Bayrou pour prendre la mesure du danger qui guette la République et le courage qu’il affiche pour prendre la posture qui convient pour faire face au défi qui se pose aux citoyens, témoignent d’un sens de l’État qui devrait servir d’exemple à d’autres politiciens; particulièrement ceux du Québec.


Abus de pouvoir.
C’est le titre du livre que vient de publier M. François Bayrou, candidat a l’élection présidentielle de 2012 pour le MoDem, dans lequel après une longue et profonde réflexion sur l’évolution de la situation politique en France, il en arrive a un constat alarmant : « Mais chemin faisant, page noircie après page noircie, après réflexions approfondie et rencontres multiples, François Bayrou a mis le doigt sur autre chose : il a vu la mise en place clandestine d’un pouvoir autonome puissant, alliant des banques, des médias, des industriels et des fonctionnaires. Un système en réseau qui pourrait exister un jour indépendamment des pouvoirs publics et éventuellement en mesure de défier la volonté démocratique des Français exprimée à la suite d’une élection. La constitution d’un tel noyau dur comme on disait du temps de Balladur, est considérée par F.Bayrou comme un danger mortel pour la République. »


M. Bayrou dénonce trois abus de pouvoirs auxquels les citoyens sont confrontés. Le troisième nous intéresse particulièrement puisqu’il met aussi bien en péril sa République que l’état du Québec :

« (…) Troisième abus de pouvoir, plus difficile à évoquer parce que nous n’en voyons que la partie émergée de l’iceberg, c’est que ce régime met progressivement en place un réseau – des réseaux – sur la société française, qui unissent des intérêts financiers, des intérêts médiatiques, des intérêts industriels, des intérêts politiques. La caractéristique de ces réseaux, c’est qu’ils ne disparaissent pas avec l’alternance.

(…)

Le Fouquet’s, c’était (…) la scène primitive du sarkozysme, qui n’était pas élu depuis trois minutes que se réunissaient, dans le lieu de la richesse démonstrative, les vrais vainqueurs. La plus grosse fortune de France, la plus grosse fortune de Belgique, la plus grosse fortune du Québec, des milliardaires comme s’il en pleuvait, des médias amicaux comme s’il en pleuvait. C’était les vrais vainqueurs. Pendant ce temps, les pauvres bougres place de la Concorde, ils attendaient, ils se battaient les flancs. » 

On l’aura compris, la plus grosse fortune du Québec désigne Paul Desmarais, le monarque d’un réseau d’intérêt de plus en plus puisant qui squatte notre État et qui pèse de plus en plus lourd pour contrer la volonté d’émancipation du Québec. M.
Pierre Dubuc a très bien compris le jeux de sape du Seigneur de Sagard, entre autre couper le Québec des appuis de la France. Et M. Parizeau a lui aussi bien vu que, ce qui motivait la déclaration de Sarkozy contre le mouvement souverainiste, c’était les intérêts économiques français dans le ROC. Et ils sont importants :

Areva: Dans un contexte de privatisation de l’industrie nucléaire canadien, cette entreprise est sur les rangs pour vendre 2 centrales nucléaires à l’Ontario : « Areva is considered AECL’s chief rival for the Ontario reactor deal. »  Ce qui améliorait ses chances sur le marché mondial (70 centrales nucléaires dans les prochains 15 ans).

La pétrolière Total a fait le constat que les sources d’énergies conventionnelles avaient atteint un « plateau » (théorie du pic pétrolier). Elle a donc réorienté sa stratégie pour les décennies à venir vers des sources de pétrole non conventionnelles, dont la plus importante au monde est en Alberta: les sables bitumineux. Son avenir passe donc par l’Alberta :

« That’s why Canada (…) figure so large in the company’s future. They hold the world’s biggest reserves of heavy crude (known as “oil sands” in Canada…).

(…) The company plans to spend as much as $20-billion (U.S.) over the next decade developing its Alberta oil sands portfolio,

(…) The province figures so prominently in Total’s future that the company is in the early stages of planning a heavy oil upgrader in Edmonton with a capacity of 130,000 to 230,000 barrels a day and a price tag of $5-billion to $10-billion. »

Total et Areva pèsent lourd dans orientation de la politique extérieure de la France. En fait avec Sarkozy au pouvoir, elles la déterminent. Or, ces deux entreprises ont maintenant des projets majeurs dans le Canada anglais; ce qui est à prévoir c’est que le Québec va servir de faire-valoir pour l’avancement de ces projets. Ce qui n’augure rien de bon pour les relations France-Québec.

M. Bayrou, comme Aristote à son époque, va à l’essentiel : Qui contrôle l’État? Et au profit de qui?

La démarche rigoureuse de M. Bayrou pour prendre la mesure du danger qui guette la République et le courage qu’il affiche pour prendre la posture qui convient pour faire face au défi qui se pose aux citoyens, témoignent d’un sens de l’État qui devrait servir d’exemple à d’autres politiciens; particulièrement ceux du Québec. Car si un tel réseau représente un « danger mortel » pour la République française, un État mature, qu’en est-il du péril du Québec, demi-état annexé. À cet égard son combat est aussi le nôtre. Et il importe de comprendre qu’il est vital!

Pour faire face à l’abus de pouvoir, à quand un Bayrou québécois ?


Que dire de plus ?

Un livre accessible et agréable à lire pour moi qui ai du mal à me plonger dans des essais.  Le triste souvenir des élections européennes et le nauséabond souvenir du fameux débat animé par la déplorable Arlette Chabot ne doivent pas nous priver de le lire !

Un révolutionnaire François Bayrou ? Certainement pas. Il précise même que d'un point de vue économique il est proche des programmes de la droite. Il rappelle cependant qu'au delà des programmes, certaines valeurs républicaines sont indépassables et souligne que malgré des apparences de gestion à vue et d'effets d'annonces médiatiques, le projet de Sarkozy et de ses amis du CAC 40 est très bien construit et très bien organisé à leur profit.

Ok il y avait un enjeu électoral loupé à vouloir sortir ce livre juste avant les européennes et ok, à force de se cottoyer depuis des décénies, Bayrou et Sarkozy ne peuvent pas se blairer et il y a un petit coté coup de griffe à un ancien frère énnemi devenu énnemi tout court. Je suis cependant assez d'accord avec les mécanismes dénoncés, notamment vis à vis des médias et des puissances financières. Il dénonce le modèle "inégalitaire" (néo-libéral, néo-conservateur) auquel le Président de la République est plus que sensible et qui se met progressivement en place en France alors qu'il se casse la figure partout ailleurs !

Dans Abus de Pouvoir, Bayrou met l'accent sur ce qu'il appelle la connivance entre les média, Sarkozy et la classe dominante du CAC 40. J'appellerai plutôt ce phénomène la "fabrique du consentement" étudié par le linguiste étasunien Noam Chomsky (Chomsky et compagnie de Daniel Mermet est d'ailleurs peut-être encore à l'écran dans certaines salles).

Taxé de populisme par les partis traditionnels de gouvernement, il revendique un positionnement populaire et provincial (Ah Bordères et Pau !), son attachement à l'Histoire de France et à la construction européenne. Il fustige le fait que la technicisation des thèmes et des enjeux entretenue par les décideurs éloigent les citoyens des débats de société et des élections (on en a eu la preve le 7 juin dernier : 60% d'abstention aux européennes en France !). La sois-disant nécessité de réformes rapides ne permet plus aux citoyens de prendre connaissance des tenants et aboutissants des différentes questions et ne leur laisse pas le temps de la réflexion, au profit d'une minorité qui, elle, a compris où sont ses intérêts.

Comme je le dis souvent, il n'y a pas de bon PLU (Plan Local d'Urbanisme) sans un PADD (Projet d'Aménagement et de Développement Durable) transversal, clair et intelligible longement débattu, au regard du contexte législatif et règlementaire,  en conseil municipal, en réunion publique et avec les acteurs partenaires ! Pour élaborer un règlement, un zonage et des orientations d'aménagement, il est indispensable de pouvoir se refferer à un socle commun. Bayrou a bien compris ceci et il montre que Sarkozy et la classe dont il défend les intérêt ont un PADD. Seulement, ce projet n'a fait l'objet d'aucun débat et d'aucune concertation, et pour cause ! Conscient de ce projet inégalitaire, aucun citoyen, d'aucune démocratie ne pourrait l'accepter à moins d'y avoir intérêt, comme une minorité de la population ! Il s'agit d'un choix de société que personne n'a choisi. Et comme le non-choix est aussi un choix, le suffrage universel tronqué ouvre un boulevard à la politique du CAC 40 !

Les riches de plus en plus riches se tranmettent un patrimoine et une rente oligopolistique de génération en génération et les pauvrent s'endettent pour satisfaire leurs pulsions de consommation savament entretenues par la publicité et les media (Bouygues, Bolloré, Dassault, les amis de Sarkozy), pour faire fructifier le patrimoine des plus riches ! Même Adam Smith n'y retrouverait pas ses petits tellement ces mécanismes vont à l'encontre des 5 règles de la concurrence pure et parfaite et de main invisible du marché définis par les économistes libéraux eux-même. A l'heure de la remise en cause de Milton Friedman et de ses conneries ultralibérales, à l'heure où Stieglitz et Samuelson se rangent du coté de la synthèse entre libéralisme et keynésianisme, le projet e société français et européen fait un bond en arrière de plus de 25 ans (réforme = reprendre forme et non se transformer vers un mieux !).

Je n'ai idéologiquement pas grand chose de commun avec François Bayrou ni ma carte au Modem mais je me retrouve dans cet essai. Il ne défend pas un programme politique (zonage ou orientations d'aménagement pour reprendre ma métaphore urbanistique) mais les cadres d'une société humanist. Il pose les jalons d'un bon débat PADD ! Il montre qu'il est temps pour les citoyens de se saisir des questions de société car si on laisse Baroso, Sarkozy et Berlusconi le faire pour nous, on choisit un avenir assez triste pour nous et les jeunes qui nous demanderont des comptes dans quelques années !

Alors comme Abus de Pouvoir n'est pas écrit en béarnais, je conseille à tout le monde de le lire au delà des débats politiciens à court terme évoqués sur TF1 ou France 2. Bayrou pose de vraies questions, à nous d'y répondre !

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