Tokyo Sonata

Publié le par La fée Paradis



Sortie mars 2009
Réalisé par Kiyoschi Kurosawa
Japon, Pays-Bas, Honk Hong, 2008
Festival de Cannes, 2008




Le Méliès a dit :

Spécialiste de films de fantômes (Charisma, Kaïro), Kiyoshi Kurosawa s’éloigne du fantastique et dresse cette fois-ci une histoire intimiste, entre la tragédie et la comédie, sur la désagrégation d’une famille ordinaire japonaise. Le père subit un licenciement économique et le cache à sa famille, le fils aîné est de plus en plus absent, le cadet prend des leçons de piano en secret et la mère neurasthénique joue sans implication son rôle de femme au foyer.

La force du réalisateur est de transcrire à l’écran les bouleversements de la société japonaise. Et bien que le propos du film soit dur, la réalisation est paradoxalement poétique, émouvante. Finalement, nous ne sommes pas loin des films d’Ozu où, ancré dans le quotidien, le modèle patriarcal et traditionnel s’effondre face aux défauts du monde moderne. Être comparé au maître du cinéma japonais est tout de même un gage de qualité !


Que dire de plus ?

Pas la banane la fée Paradis hier en rentrant de chez le coiffeur (pas de lien de causalité car j'ai toujours la même coiffeuse et la même coupe de cheveux) : il faisait gris, j'étais lasse du boulot ... Du coup je voulais aller voir La Sangre Brota, un film argentin qui sortait cette semaine mais je me suis trompée de jour ! J'ai donc vu Tokyo Sonata et je ne le regrette pas.

Le drame de la crise économique dans une société aux jeux de rôles hyper codifiés, sans communication, sans joie et sans bonheur. Triste tableau ! Il se passe des évènements dramatiques dans ce film : le père traverse une sale période de chomage et de perte de confiance en lui mais s'interdit d'en parler à sa famille car ça altèrerai son autorité. Il n'est pas le seul dans ce cas : de nombreux quadra en costar, cravate, ordinateur et téléphone portable se retrouvent à la bibliothèque, au pôle emploi ou à la soupe populaire pour déjeuner ... Mais quelle autorité défendre face à des fils qui repoussent ce modèle très trente glorieuses : le premier s'engage dans l'armée américaine pour combattre au Proche Orient, un comble 50 ans après Hiroschima, et le second ne rêve que de piano et prend des leçons en cachette avec l'argent de la cantine. La mère modèle passe quant à elle son permis de conduire en secret et profite du cambriolage de sa maison par un dingue pour faire une fugue ! Chacun est pris dans ses tourments et introspections et ne fait pas attention à ceux des autres. Il y a heureusement une note d'espoir à la fin avec un peu plus de tendresse entre les membres de la famille. La compétition et les apparences n'ont pas tout détruit.

Ces thèmes donneraient lieu à des crises hystériques dans un film européen mais la mise en scène reste calme, poétique et souvent drôle. Au début, les protagonistes subissent les évènements, sur fond de musique classique et dans des lieux identifiés (rue de Tokyo montant vers la maison en bordure de la voie ferrée, salle à manger familliale, soupe populaire et couloirs bondés de l'ANPE). Petit à petit les lieux se multiplient et les personnages font des choix : école et leçons de piano du plus jeune, visite d'un concessionnaire automobile par la mère, acceptation d'un emploi pour lequel il est surqualifié par le père. Une soirée et une nuit épique pour chacun d'entre eux les ramènera fourbus et prêt à des remises en cause le lendemain matin.

Le réalisateur est comparé à Ozu dont je n'ai vu que Fin d'Automne emprunté à la bibliothèque suite à la lecture de L'élégance du Hérisson où il en est beaucoup question. On retrouve la même manière de filmer l'intérieur des maisons, la sphère privée. Le jeu de rôle social est mis à nu.

Publié dans Ciné

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