Le corps sculpture (Denis Darzacq)/ Supervision LA (Olivier Mirguet)

Publié le par La fée Paradis

Le corps sculpté. Denis Darzacq















                     




Le Château d'Eau a dit :

Le Château d’Eau présente quatre séries du photographe français Denis Darzacq, du 4 février au 22 mars 2009 dans la Grande Galerie. Dans la série Nu, réalisée en 2003, Denis fait poser des modèles dans des zones pavillonnaires. Une façon d’expérimenter l’irruption de la nudité brute, sans apprêt ni connotation érotique particulière, dans l’univers standardisé du pavillon de banlieue, dont l’extension urbanistique et sociale s’est accélérée au cours des années 2000. Les images qui en résultent ne sont pas dépourvues d’un certain fantastique, inspirées de la légende médiévale allemande du joueur de flûte de Hamelin entraînant à sa suite les enfants du village.


En 2003, au moment de la guerre du Golfe, Denis Darzacq s’est rendu en Algérie pour faire un reportage sur des danseurs algériens de hip hop, qui répétaient un spectacle organisé par deux compagnies de danse française pour une tournée internationale. Plus tard, en revenant sur ses images, le photographe s’est trouvé frappé par l’image des jeunes en suspension dans l’espace. Il a alors eu l’idée de demander à des danseurs et sportifs d’effectuer des sauts devant des fonds qu’il avait préalablement repérés, pour réaliser une série intitulé La Chute (2006).


Rien de faux dans ces scènes, saisies à un instant qui a bien existé, pas de fiction, nulle retouche ni trucage. Pris dans des cours d’immeubles ou des rues du dix-neuvième arrondissement parisien, ces jeunes ne jouent que leur propre rôle et se contentent d’effectuer des sauts dans un décor urbain moderne. Le photographe prend des images, n’intervenant que pour donner quelques indications de mouvement. Pourtant, au moment où le saut se produit, l’aléa et la force de gravitation font leur entrée. Saisis en plein vol, les personnages s’échappent alors de leur histoire personnelle. Ces images, qui ne sont pas sans évoquer le mythe d’Icare ou le Saut dans le vide d’Yves Klein, lui ont valu le prestigieux prix World Press Photo 2007 et ont été largement diffusées, aussi bien dans la presse que dans le monde de l’art. Au-delà des intentions même de l’auteur, elles ont donné lieu à diverses interprétations, tant du point de vue technique (de nombreuses personnes y ayant vu - à tort- des photos manipulées sur ordinateur) que sur le terrain social ou artistique, attestant s’il en était besoin de l’aptitude de la photographie à se prêter à des lectures multiples.


C’est avec La Chute que prend tout son sens une longue recherche commencée plusieurs années auparavant avec la série Ensembles (1997-2000). Dans cette grande fresque, réalisée le plus souvent d’un point de vue en hauteur, le photographe se concentre sur le mouvement des corps dans l’espace urbain, en éliminant les indications de lieu et de contexte (signalétique, panneaux, immeubles, affiches). Se tracent alors des lignes et courbes évoquant une partition musicale, des figures mathématiques ou l’alea d’un jeu de dés. Le graphisme des images n’occulte pas pour autant ce qui se révèle comme la préoccupation majeure et récurrente de l’auteur : faire vibrer les lignes de tension entre soumission sociale et désir individuel.


Dans Hyper (2007), Denis Darzacq oppose des corps lévitant dans l’espace, à l’univers saturé et obsédant des supermarchés, temples modernes dédiés à la consommation. Les images évoquent le rêve, l’évasion, l’envol vers des régions inconnues. Les personnages empruntent la gestuelle des films d’action populaire ou des jeux vidéos, mais aussi du maniérisme des peintres italiens du XVIème siècle dans leurs excès formels de représentation, soulignant l’étrangeté mélancolique d’un geste inutile et gratuit dans un monde violemment fonctionnel. Mais la fantaisie, le burlesque, une certaine esthétique pop, ne sont évidemment pas absents de tels tableaux.


Que dire de plus ?

J'ignore si ce Denis est originaire d'Arzacq-Arraziguet mais je suis bien contente d'être allé voir cette expo au Chateau d'Eau à Toulouse. Cette ancienne batisse désaffectée dès 1870 est la plus ancienne galerie exclusivement dédiée à la photo en France (depuis 1974). Le bâtiment à lui tout seul vaut bien une visite et les photos exposées sont je pense, de grande qualité.

Elles sont visibles jusqu'au 22 mars alors profite en si vous en avez l'occasion ! Les individus photographiés font preuve d'une liberté de mouvements rare dans des lieux à priori très fonctionnels, normés et malheureusement banalisés dans nos paysages quotidiens : hypermarché, grans ensembles et lotissements type francelot méditerrannéens. Ces clichés appellent à se déstandardiser et à laisser libre cours à notre fantaisie. Ils rappellent aussi que nous ne sommes pas obligés d'accepter sans broncher ces espaces inhumains qui nous sont vendus sous couvert de nous simplifier la vie.
A l'heure de la crise, il est temps d'interroger nos modes d'habiter, de consommer et de fonctionner !

Supervision LA. Olivier Mirguet

Le Chateau d'eau a dit :

















Le Château d’Eau présente du 4 février au 22 mars 2009 dans la Galerie 2, la série «Supervision LA» du photographe français Olivier Mirguet qui vit et travaille à Los Angeles. Il capte, dans ce travail réalisé en 2008, les tensions de la ville la nuit, dans une thématique de la fiction américaine où tout peut basculer d’un moment à un autre.


« Los Angeles est une ville trompeuse, énigmatique et ambiguë. Baignée dans une tranquillité de surface, une utopie ensoleillée. Mais quand la nuit tombe, l’éclat de la ville disparaît. L.A devient un territoire inquiétant, peu éclairé et survolé par les hélicoptères. » O.Mirguet


Surpris par l’obscurité qui s’empare des quartiers périphériques d’une ville qui, dès que l’on quitte le centre, devient sauvage, Olivier Mirguet débute en 2006 une série où l’apparition photographique est toute entière associée aux faisceaux des hélicoptères qui font littéralement émerger des espaces de la nuit. S’il poursuit ici sa réflexion sur la surveillance entamée en 2005 avec sa série sur la Maison de la Radio (17h16), « Supervision L.A » nous parle aussi du rêve éveillé d’une ville dédiée aux mythes de l’apparence.

 

Olivier Mirguet, 36 ans, est photographe et journaliste de radio. Il est représenté par l’agence Vu depuis 2003. Journaliste à Radio France depuis 1998, flashman à Fip et chroniqueur photo à France Info et France Inter. Il est également diplômé du Centre Universitaire du Journalisme à Strasbourg en 1995. Il y a 6 ans, il a entamé un travail photographique sur les lieux du pouvoir. En Corée du Nord, il tire profit de la propagande pour dresser le portrait d’un pays totalitaire. Au Maroc, d’anciens opposants l’ont conduit sur les traces des prisons secrètes de Hassan II, façades de bâtiments anonymes et inquiétants. La Maison Radio France à Paris est son dernier travail avant Supervision L.A. Il a passé deux ans avec son appareil photo, dans les couloirs de ce bâtiment construit en 1964. Cet anneau de 10 étages, avec une tour au centre, est le lieu où se fabrique l’information, donc le pouvoir. Mais le photographe n’a trouvé que des couloirs vides et des énigmes, l’écho à son propre paradoxe de journaliste radio, censé délivrer la bonne information.

 

Que dire de plus ?

Ces images sont impressionnante d'inhumanité et de glauquitude : lumière blafarde, obscurité opressante et lieux de vie peu accueillants. J'ai surtout été marqué par la vision de cette femme noire corpulante devant un petit pavillon proche du préfabriqué qui commence à lever les mains, ahurie, à l'approche d'un girophare caractéristique ... Sécurité et criminalisation des comportements déviants dans un monde aseptisé où tout est déviant à par travailler sans se plaindre et sans perspective pour consommer des produits de mauvaise qualité.

Publié dans Expos

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coach 09/03/2009 16:17

Très beau et très court... y a vraiment QUE 10 photos!!!!Dommage de faire un voyage pour ca. De toute facon ya collation au 8 pour échanger quelques points de vue.Pourquoi les + belles choses sont rares?

coach 09/03/2009 15:34

Certes, mais tu n'as pas bien lu l'affiche aussi... le mercredi ya rien sauf l'expo de 10 photos (déjà vu hier) ouverte tous les jours.Jeudi à 20.30: GalaMardi: très court métrage mais suis pas là

La fée Paradis 09/03/2009 15:40



Ah je voulais voir l'expo moi. Je ferai peut-être un tour mercredi alors. C'était bien ?






Fée Paradis 09/03/2009 12:05

Oups camarade, je viens de me concentrer sur ton rébus (impardonable je suis pour cette faute d'inattention!). Jeudi c'est pas possible, il y a l'AMAP. Mercredi plutôt ?

Su du ku 09/03/2009 11:16

Set ce maine, se des roule une ex-position eau Pas laie Beau Mont sur la Mont à Gne. v i aller je disCa c'est du rébut informatif!!!!!!!!!

La fée Paradis 09/03/2009 11:37



Cher Su du ku, j'ai effectivement vu une annonce pour cette exposition sur un panneau publicitaire.
Plus d'informations : http://www.image-montagne.com/indox.htm
Par contre je n'ai pas trouvé les horaires d'ouverture du Palais Beaumont. J'aimerai bien aller voir les photos entre 18 et 19h un soir cette semaine car je repas à Toulouse dès vendredi.