Anacoluthe ou la grammaire du N+2

Publié le par La fée Paradis

Un des jurons favoris du capitaine Haddock, grand et fin léttré s'il en est, l'anacoluthe recouvre de nombreuses possibilités synthaxiques !

L’anacoluthe (ou anacoluthon) est une figure stylistique qui, par une rupture voulue de la construction syntaxique, conserve non seulement le sens et la facilité de compréhension mais apporte surtout un avantage à l'expression.

Elle peut prendre différentes formes :

- le zeugme ou zeugma : rupture de la symétrie synthaxique avec les constructions où le verbe régit à la fois un complément d'objet et une subordonnée et avec les constructions où le verbe régit une conjonctive et une infinitive. Ces constructions ne heurtent plus vraiment, sinon dans la langue châtiée, et sont pratiquement passées dans la langue.

- l'inversion : dans sa forme stylistique, elle est surtout rencontrée en poésie versifiée où l'usage s'en est établi depuis l'origine, soit pour sa commodité de prosodie ou de rythmique, soit pour mettre en valeur un membre de phrase. La figure est principalement limitée aux inversions grammaticales « sujet-verbe », « sujet-compléments » et « verbe-compléments ».

- la tmèse : disjonction syntaxique ou sémentique

- le solécisme : exemple type connu (et toujours usité) de faute syntaxique dans une correspondance : le sujet sous-entendu de la circonstancielle et le sujet de la principale sont différents. On peut rattacher à cette faute la construction délicate avec la locution « s’être vu » + l’infinitif, où la tentation est forte de placer par concision le "pronom réfléchi" comme complément du second verbe à l’infinitif, quand il ne devrait être que son sujet. Généralement, le contexte sauve le sens
. Je pratique inconsciement et allègrement le solécisme dans toutes mes lettres de motivation !!! C'est peut-être ça le problème !

- l'anastrophe : Cette figure de mots qui impose un changement de l'ordre habituel des termes ou des segments de la phrase est principalement usitée en poésie, mais elle se retrouve parfois en prose. Elle ne doit pas changer le sens des mots. Généralement, un sujet ou une apposition ou un complément d'objet ou une subordonné sont anticipés, c'est-à-dire énoncés bien avant le terme, le verbe, ou la subordonnante concernés.

- la connexion logique remplaçant la cohérence synthaxique, l'anatapodoton : figure de style consistant à omettre l'un des termes d'une expression alternative dans une phrase. C'est une variété d'anacoluthe, aussi appelée particula pendens.

- la cohérence psychologique remplaçant la cohérence synthaxique

enthymémisme : Le raisonnement du syllogisme (enthymème) y cède la place à la logique expresse d'un fort sentiment (amour, indignation, mépris, inquiétude, etc.) puis assortie d'une conclusion jaillissante (exclamation ou interrogation exclamative). Cette figure accompagne la plupart des exemples d'anacoluthe de cette catégorie.

aposiopèse : il s'agit comme d'un monologue intérieur et la ponctuation indique clairement que le propos n'est pas continué (aposiopèse) à cause d'un sentiment soudain qui envahit le personnage et que ce dernier va exprimer avec davantage d'émotion par un enthymémisme.

L'anacoluthe est donc une figure, ou encore un ensemble de figures, qui prend des libertés avec la syntaxe pour sortir des constructions habituelles, voire routinières. Comme les exemples ci-dessus le démontrent, on peut obtenir sans trahir la clarté une expression beaucoup plus stimulante. Ce procédé sera surtout l'apanage de la poésie ou d'un ouvrage à prétention poétique, qui s'arrogent classiquement des licences. Il y a aussi des limites à la compréhension comme au bon goût. Si l'on se réfère aux anciens ouvrages d'érudition rhétorique, la conception de l'anacoluthe a été, au cours du temps, loin de faire l'unanimité et d'avoir une « appellation contrôlée ». Certains exemples font référence à des termes de figure admis par les uns ou omis par les autres. On peut opter pour une seule anacoluthe à substance psychologique. Par ailleurs, la prépondérance des exemples de Racine illustrant la cohérence psychologique est compréhensible à l'égard d'un poète essentiellement dramatique qui a été fréquemment imité et qui a su traduire dans sa langue la plupart des tournures gréco-latines avec un rare degré de perfection.

Dans son dictionnaire de rhétorique, Georges Molinié donne l'exemple « moderne » d'un texte (sans ponctuation et avec des libertés syntaxiques) extrait de La Chevelure de Bérénice de Claude Simon. On ignore encore si l'auteur ne se replie pas sur un univers trop égocentriste qu'il est le seul à pouvoir aisément habiter ou s'il a trouvé un nouveau moyen de communiquer qui va étirer les limites du langage.

C'est la plupart du temps de ces œuvres le plus souvent à visée poétique, soit expérimentales pour lesquelles on n'a pas encore le recul nécessaire et qui n'ont pas eu jusqu'à maintenant un franc accès auprès du grand public, soit élitistes et qui, sans une longue fréquentation, restent trop ardues à l'esprit du lecteur ordinaire. En résumé, la question d'une déstructuration volontaire du langage, souvent érigée en système d'écriture, échappe donc au cadre de cet article centré sur la figure poétique proprement dite.


Pourquoi ce soudain intérêt pour ma langue maternelle ? C'est en revenant hier après-midi au bureau que j'ai pris connaissance des corrections apportées par mon directeur à un projet de délibération. Il avait écrit "anacolute" à coté d'une partie du texte. Le déchiffrage a été difficile, et pour cause, j'ignorais complètement l'existance de ce terme ! Une fois la surprise passée et après une rapiche recherche sur Internet j'ai bien du me rendre à l'évidence ! Ce personnage mythique et brillantissime avait fait une faute d'orthographe! Je viens de perdre un nouveau repère. C'est dur de devenir un adulte !

En tout cas cette recherche m'a ouvert l'esprit sur un vaste champ inconnu pour moi, la langue française ! Et à l'approche de la trentaine, ce serait bien de s'y mettre ! Est-ce que ce syllogisme constitue une anacoluthe ?
Je vous laisse méditer ....

Publié dans Humeur vagabonde

Commenter cet article

Fée Paradis 26/02/2009 17:29

Eh bien j'espère qu'on va truculer et duduler encore longtemps sur ce blog camarades !

Maitre Capello 26/02/2009 17:26

"Culture"! Anagramme de "Trucule"!!Du verbe "Truculer". Truculant: coloré, cru, qui exprime les choses avec une outrance souvent réjouissante.Cuture: Ne pas confondre avec l'action de planter des légumes dans son jardin Bio biensur

Fée Paradis 26/02/2009 17:05

Cher Maitre Capello, il n'est jamais trop tard pour s'intéresser à sa culture ! C'est quand la prochaine dictée de Bernard Pivot ?

Maître Capello 26/02/2009 16:40

Tiens, tiens! je ne savais pas que j'avais une fille cachée..!